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Sur le tournage de "The Vape Nation" de Julian Bordeau

Publié le 06/11/2020 par Dimitra Bouras et Constance Pasquier / Catégorie: Tournage

Un délire de potes

Une idée de film peut surgir n’importe où, n’importe quand et n’importe comment, par exemple, un soir de délire, entre copains. Celle de Vape Nation en est la preuve. En pleine soirée d’ouverture d’une boîte de production, Julian Bordeau, réalisateur, et son copain Anton Kouzemin, comédien, s’amusent à inventer l’histoire la plus improbable qui puisse exister et à la proposer autour d’eux. À côté des refus amusés, ils reçoivent un retour intéressé. Le pitch de départ : « Une armée de vapoteuses venues de l’espace envahit la terre et prend le contrôle des gens par la fumée ». Et comme les bonnes blagues sont celles auxquelles on croit, Julian écrit un scénario, une sorte d’hommage au cinéma de série B, voire de son parent pauvre, la série Z.

Le CNC français lance un appel de films de genre et Julian, qui n’a peur de rien, envoie cette première version de scénario. Bien entendu, il essuie un beau refus. L’idée est certes très originale mais un peu trop « perchée » !

En mars 2020, un virus venu d’Asie envahit la terre et met toute l’activité humaine à l’arrêt, enfin l’activité économique et sociale, laissant libre espace à l’activité imaginative et créatrice. Julian Bordeau en profite pour peaufiner son pitch improbable, lui qui aime le cinéma de genre et le cinéma qui dénonce les dysfonctionnements sociaux. En résulte une histoire de startup avec livreurs à vélo et de vapoteuses maléfiques.

Julian, habitué aux refus des commissions de sélection, ne se laisse pas démonter facilement. Il recontacte les jeunes acteurs qu’il avait rencontrés et avec qui il avait travaillé pour Les Nouveaux Bourbons, un court-métrage dans un quartier d’habitation sociale dans la banlieue nord bruxelloise. Tous aussi désœuvrés que lui, n’ayant rien à perdre et tout à gagner, ils ne sont pas difficile à convaincre. Début septembre 2020, dès que les tournages ont pu reprendre, tout en respectant les normes de sécurité, Julian et ses amis, portés par cette énergie de l’espoir que tout est possible, tournent Vape Nation.

Nous étions sur le tournage. Un plateau bien sage et concentré malgré tout, détendu mais professionnel ! Et nous avons rencontré le réalisateur.

 

On prend les mêmes et on va plus loin.

J’avais surtout envie de retravailler avec eux. J’avais beaucoup aimé notre expérience avec Les Nouveaux Bourbons. J’ai repris exactement le même casting, sauf que cette fois je leur ai proposé de nouveaux rôles pour qu’ils puissent s’épanouir dans leur jeu. Vu que je les connais super bien maintenant, je savais comment adapter leur rôle pour rempiler rapidement.

Je leur ai parlé de Vape Nation, on a fait une lecture ensemble. Au début, j’avais un peu peur parce que je trouvais moi-même que l’idée était « perchée », et finalement ils ont tout de suite compris, et au fur et à mesure qu’on faisait les répétitions, qu’on préparait, qu’on créait toute l’ambiance du film, ils voyaient encore mieux le projet.

À part Nasser qui garde un rôle assez taiseux, parce que c'est ce qui lui va le mieux, Samuel, Clara et Franck ont 2 rôles à interpréter : le rôle d'une personne lambda avec quelques émotions et une psychologie travaillée et le rôle d’un vapoté. Les vapotés sont des êtres parfaits, qui sourient tout le temps, qui parlent différemment. C’est pas du tout évident de passer d'un personnage à un autre ! Clairement ça les professionnalise et ce qui est bien c'est qu'il y en a quelques-uns qui préparent le conservatoire et ils seront encore plus professionnels dans 3 ans ! 

 Sur le tournage de The Vape Nation de Julian Bordeau

Le scénario

Bruxelles, une pluie de météorites s'abat sur la ville. Un mois plus tard, la ville est en reconstruction, les gens réapprennent à vivre dans un climat chaotique. Au fur et à mesure, Nasser voit des changements chez certains humains, les vapotés.

Il est confronté à un monde du travail qui est de plus en plus dur et dans lequel il n'arrive pas à s'inscrire, il travaille dans la distribution de repas, dans ce circuit du travail parallèle. Et il voit ses collègues évoluer de jour en jour, qui deviennent des "vapotés". Le vapoté c'est une caricature du monde du travail, des employés toujours très souriants, très avenants, mais par contre, si on ne va pas dans le même sens qu'eux, il se passe des choses étranges...

 

Le meilleur des mondes

Ce que je veux montrer aussi dans ce film, c'est que c'est souvent des jeunes issus de l'immigration ou alors très peu diplômés qui sont récupérés par ces boîtes, où on leur fait miroiter de super belles promesses, en leur disant, vous êtes votre propre patron, vous allez bosser quand vous voulez, alors qu'en fait, il y a une pression énorme, il n'y a pas d'assurance, c'est de l'indépendance pure et dure. Il y a plein de jeunes qui se lancent pour payer leurs études, mais il y en a beaucoup qui le font parce qu'on ne les prend pas ailleurs et qu'ils n'ont rien d'autre ! 

 

Retenez la toilette

Il y a très peu d'effets spéciaux dans ce film. Mais il y a du maquillage. Daphné Durieux a fait un très beau travail de maquillage. Il y a quelques tout petits effets spéciaux en post production qu'Adrian Fernandez, un jeune de 22-23 ans, a travaillé en 3D et qui donnent une dimension fantastique. Et puis, nous on s'est bien amusé pour faire des effets avec des toilettes. Je peux juste dire ça, retenez des toilettes !

 

Une équipe conviviale et professionnelle.

Thomas Wilski est le chef op' avec qui j'avais déjà fait mon premier film, il a amené des techniciens qu’il connaissait. Louise Soucadauch, la première assistante, est une très bonne amie. Ça fait fait 7 ans qu'on se connaît, et on a enfin trouvé l'opportunité de faire un film ensemble ! 

Puis, on a posté des annonces sur Cinergie, et, comme d'habitude, je rencontre les gens, on parle, on échange. Sur le plateau, les gens ont vu que j'étais disponible et la convivialité s'est faite naturellement. Ils ont vu aussi que j'étais calme. Beaucoup d'acteurs m'ont dit qu'ils ont appréciés cela, car souvent, sur les plateaux, ça hurle mais pas là.

Un autre élément, c'est qu'enfin on sortait du confinement, enfin un tournage avait lieu après des mois de stress de ne pas avoir du travail.

Julian Bordeau, sur le tournage de The Vape Nation

Appel au Centre du Cinéma

Je voudrais conclure sur un appel à la FWB. Ne pourrait-on pas imaginer un fond "spontané", plus restreint, entre 10 et 20.000 €, sans un passage aussi long par les commissions actuelle ?

Un fond pour créer des formats plus courts, moins coûteux, mais ciblés dans tout ce qui est films de genre. On est quand même dans le pays du surréalisme, et je ne vois pas beaucoup de films de genre sortir. Le dernier que je peux citer c'est Laissez bronzer les cadavres, c'est très bien ce qu'ils font mais il n'y a pas assez ! Un fond pareil devrait permettre de diversifier les paroles dans le cinéma et de permettre à des jeunes réalisateurs ou réalisatrices de s'exprimer plus librement, et sans pression et pouvoir garder un côté spontané.

Dans ce nouveau monde qu'on essaie de créer avec le statut d'artiste, etc, on pourrait inclure ce nouveau fond pour donner plus de parole au cinéma de genre, au cinéma indépendant.

Présenter un film en Commission prend 2 ans et c'est trop long pour un film qui surgit d'une étincelle, d'une réflexion du moment. Le  Film Lab est connoté expérimental, pour des films Art et Essai, très artistiques, mais pas pour le cinéma de genre. 

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