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Sur le tournage du court-métrage Le Roi, avec Jean-Jacques Rausin

Publié le 13/03/2020 par David Hainaut et Constance Pasquier / Catégorie: Entrevue

Ce King de Jean-Jacques Rausin

En 2016, le nom d'un nouveau réalisateur (Stefano Ridolfi) avait émergé du Brussels Short Film Festival où, avec une fiction fabriquée sur fonds propres d'à peine cinq minutes, cet Italien vivant en Belgique avait décroché avec Sur Elise de façon surprenante le Prix de la Critique de la compétition nationale. Un film distribué dans la foulée par l'Agence belge du court-métrage, lui ayant permis d'effectuer un petit tour du monde des festivals et d'être racheté par le petit écran, la RTBF et Arte en tête.

 

Quatre ans plus tard, Ridolfi est de retour, cette fois en étant produit de façon "classique", puisque c'est Artémis, l'une des principales boîtes de productions belges, qui chapeaute Le Roi, titre d'une future comédie dramatique dans laquelle Jean-Jacques Rausin (Ennemi Public) tient le rôle principal, celui d'un sosie d'Elvis Presley. Petite prise de température, lors du dernier jour d'un tournage qui en a compté huit.

Histoire, paraît-il, "de pouvoir profiter des plus intéressantes prises de vue du film", c'est au Centre Culturel d'Uccle que la production du court-métrage Le Roi nous a convié pour ce tournage. Là où, en marge du scénario, se tenait un petit casting de sosies d'Elvis Presley. L'occasion, dès notre arrivée, de reconnaître le comédien Jean-Jacques Rausin transformé en l'icône, devant un micro et quelques jurés. Sans pour autant chanter, ce que le film dévoilera. Stefano Ridolfi, le réalisateur, détaille : "Elvis ne sert en fait ici que de prétexte. On n'entend donc pas ses morceaux. Ce qui m'intéressait, à travers le symbole de la pop-music qu'il représente, c'était un discours de sosie et plus encore, celui de l'identité. Car le nœud de l'histoire est la relation entre un fils et son père mourant. On touche à pas mal de sujets, en basculant entre drame et comédie. C'est d'ailleurs le grand défi de ce tournage !" Absent lors de notre visite, le père est campé par Vincent Grass, un comédien belge de 71 ans bien connu du théâtre, du doublage, des séries (Braquo, La Trêve) et bien sûr du cinéma, notamment en France où il vit, lui qu'on a pu apercevoir ces derniers temps dans Au Poste ! (Quentin Dupieux) et dans le désormais fameux J'accuse (Roman Polanski). "Vous verrez dans le film qu'il a une tête incroyable!", prévient Ridolfi.

 

1977, une année particulière !

sur le tournage de Le Roi de Stefano RidolfiSe connaissant l'un et l'autre jusque là de réputation, Ridolfi et Rausin ont fait plus ample connaissance en allant récemment "boire un verre" - comme il se doit -, afin de discuter de ce récit qui a séduit l'acteur. Celui-ci embraye alors : "C'est quand même dans ces moments-là qu'on se rend compte qu'on fait des métiers sympas. Et cela n'arrive pas tous les jours, mais j'ai senti que j'avais en face de moi à la fois un bon réalisateur mais aussi un chouette gars. Puis, j'ai aussi vu son petit bijou de court-métrage, qui m'a donné encore plus envie de bosser avec lui", indique encore celui qui, ironie du sort, ignorait qu'il était né l’année de la mort du King, en 1977. À propos de ce dernier, il ajoute : "C'est un monstre sacré qui est dans l'ADN de l'inconscient collectif. Mais si on voit souvent des gens déguisés en Elvis, moi, je n'avais jamais eu l'occasion d'y toucher. C'est donc ma première prise de contact avec le chanteur. Mais comme l'a sous-entendu Stefano, Elvis ne sert qu'à révéler certaines choses. Il n'est même pas question d'imitation." "C'est même le contraire!", rectifie Ridolfi. En filigrane, on précisera que l'histoire retrace celle d'Antoine, un musicien raté vivant avec son vieux père malade, Gabriel, une grande gueule fan d'Elvis qui reproche à Antoine ses échecs et sa précarité. Et alors que les conditions de santé de Gabriel s'aggravent, Antoine participe à ce concours de sosies, aussi bien pour faire plaisir à son père que pour lui démontrer son talent. Sauf que rien ne va se passer comme prévu...

 

"J'ai envoyé mon scénario à Artemis par e-mail"

(Stefano Ridolfi)

Un film qui mélangera les genres donc, dans un style (et une longueur) radicalement différent de Sur Elise, ce petit essai qui a révélé Ridolfi en traitant avec drôlerie et nostalgie une histoire d'amour de 7 ans, 3 mois et 12 jours. "Tant dans la production que dans l'histoire, Le Roi n'a plus rien à voir. Comme on na pas mal de comédiens et de sosies, je ne pouvais pas le faire moi-même. J'ai alors cherché une production : on dit toujours que ça ne marche pas, mais j'ai envoyé mon scénario par mail à Artémis, une grosse boîte de production belge, et ils l'ont validé !", détaille ce Bolognais qui a étudié le septième art en Espagne avant d'atterrir chez nous. Où, doté d'une certaine abnégation, il a rapidement appris le français. "Quand on est étranger et qu'on ne connaît personne, les démarches, comme celle de trouver un producteur, prennent plus de temps. C'est pour ça que quatre ans se sont passés depuis Sur Elise. Puis, le niveau du court en Belgique est incroyable !", faisant entre autres référence à la récente nomination d'Une Sœur (Delphine Girard) aux Oscars. "Celui-ci, je l'ai écrit en pensant déjà aux visages des acteurs".

 

Rausin, entre Ennemi Public et deux longs-métrages

Sur le tournage de Le Roi de Stefano Ridolfi, avec JJ Rausin"Avoir un rôle écrit pour soi, c'est évidemment cool quand on est acteur", note Rausin, pour rappel Magritte du Meilleur acteur en 2017 grâce à Je me tue à le dire (Xavier Seron) et qui, via la série Ennemi Public, a franchi un nouveau cap de notoriété. "C'est sûr, mais le court-métrage reste une œuvre. C'est intéressant d'en faire : d'abord parce que c'est un objet en soi, ensuite car c'est l'occasion d'avoir des premiers rôles, chose pas forcément évidente, et puis parce qu'on peut interpréter un personnage du début à la fin, avec ses évolutions et ses obstacles. Et enfin, cela permet de rencontrer de nouveaux réalisateurs et de nouveaux univers, comme cela vient de se passer ici pendant une semaine." Venant de participer à un long-métrage français (Tokyo Shaking, d'Olivier Peyon) aux côtés de Karin Viard, le comédien liégeois, par ailleurs enseignant à l'ESRA à Bruxelles, sera cette année dans Ronald Krump, premier long-métrage belge de Cédryc Bourgeois, aux côtés de Jean-Benoît Ugeux et de Babetida Sadjo. "Jean-Benoît et moi allons jouer deux ex-stars porno. Ce ne sera donc pas un rôle de composition !", précise avec humour Rausin. Qui reprendra plus tard son rôle de Michael Charlier dans Ennemi Public, dont les épisodes des saisons 3 et 4, en cours d'écriture, passeront de 52 à 30 minutes.

 

Un deuxième court. En attendant plus ?

"Excepté l'amour et la mort, peu de sujets valent la peine", nous confiait Ridolfi en 2018. "C'était profond, n'est-ce pas ?", sourit-il. "Mais je continue à le penser. On parle beaucoup de mort ici, mais aussi d'amour filial. Cela m'a pris trois ans pour le voir naître, soit une partie de vie non-négligeable. Preuve que ça valait la peine pour moi de le faire car à la base, je suis un grand fainéant, dit-il. "Un fainéant, mais très actif sur le tournage, telle une main de fer dans un gant de velours", le corrige Rausin. "On court beaucoup, c'est vrai", poursuit Ridolfi, "Mais aussi car on a 22 pages de scénario à tourner en 7 jours. J'ai heureusement la chance d'avoir un comédien qui cultive un côté doux, justement entre comédie et drame. C'est exactement ce que je recherchais, et c'est peu courant. Je peux donc le laisser faire, et ça, je crois que c'est aussi important pour un acteur.", conclut Ridolfi, tout en nous apprenant écrire son premier long-métrage avec son co-scénariste Nicola Flamigni, également co-auteur de ce Roi.

 

Produit donc par la société de Patrick Quinet et soutenu par le Centre du Cinéma, Le Roi est également interprété par Achille Ridolfi – précisons que le Magritte du meilleur espoir 2014 pour Au nom du fils n'a pas de lien familial avec le réalisateur - ainsi que les débutants Nicolas Poot et Sahra Datoussaid. Le film devrait être déjà visible au printemps de cette année en festival et possiblement sur le petit écran, un peu plus tard dans l'année.

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