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Sur le tournage de la série "Baraki"

Publié le 18/10/2020 par David Hainaut et Constance Pasquier / Catégorie: Tournage

Les Barakis sont lâchés

Alors que la RTBF entamera en novembre la diffusion des huit épisodes (de 52') d'Invisible, la sixième série issue du Fonds que la chaîne publique a initié en 2013 avec le Centre du Cinéma, une autre, Baraki, se tourne en ce moment sous un nouveau format (20 X 26 minutes).

Cette future dramédie imaginée par un tandem liégeois mettra en scène une famille wallonne atypique. Hormis quelques scènes à Bruxelles (Ixelles et Uccle), ce nouveau marathon, filmé depuis début août jusqu'à fin novembre, déambule surtout dans le Brabant Wallon, de Braine-Le-Comte à Waterloo, en passant entre autres par Genappe, Ittre, Rebecq et Tubize.

 "Contrairement à ce que son titre laisse peut-être présager, Baraki sera une série proche d'un style anglo-saxon, émouvante et surprenante. On reçoit tous les jours les images qu'ils filment et je suis impressionné par leurs débuts. Et déjà impatient de voir la suite !". Ces mots sortis cet été de la bouche d'un des créateurs d'Ennemi Public, Antoine Bours, qui officie comme accompagnateur des séries à la RTBF, nous ont déjà permis de mieux situer l'univers de cette prochaine série, au titre pour le moins évocateur. Issu d'un vocable typiquement belge francophone, "baraki" désigne pour rappel "des personnes ayant peu de manières, souvent frimeuses et pas forcément vulgaires". Mais, "qu'on soit Anglais, Belge, Français ou Néerlandais, on est toujours le Baraki de quelqu'un d'autre", clame depuis quatre ans Julien Vargas, co-créateur et acteur de ce projet aussi intrigant que novateur. "Là, on est à quarante jours de tournage.", commente-t-il, "mais en commençant à écrire avec Peter Ninane, on n'imaginait pas que ça prendrait tellement de temps, ni qu'on vivrait autant de rebondissements. Car une série reste avant tout une grande aventure. C'est même une vraie tranche de vie qui relève du miracle...".

 

De l'importance de l'écriture

 

L'histoire s'articulera autour de la famille Berthet, les Barakis donc. Larissa Berthet (Sophia Leboutte) héberge sa tribu sous son toit, et notamment Yvan (Julien Vargas), un orphelin du quartier qu'elle a recueilli et élevé comme son fils. Et lorsque celui-ci apprend qu'il va devenir père, il décide de mener une vie "normale". Sauf qu'une pléiade de personnages plus loufoques les uns que les autres vont en décider autrement : d'une ex copine hystérique à un dealer bipolaire, en passant par une belle-mère machiavélique ou un flic jaloux...L'occasion et le plaisir, pour de nombreux comédien(ne)s habitué(e)s des productions francophones, de défendre ici des rôles d'envergure. Comme par exemple Pierre Nisse, alias Didier Berthet, l'aîné. "Plus de 60 jours, c'est une grande première pour moi. D'ailleurs, comme les Américains (sourire), j'ai pris un coach, qui a été une éclaircie dans mon travail. Je devinais que c'était formidable d'en prendre un, mais là, j'en ai encore plus conscience", dit-il, indiquant au passage que la série n'envisage pas de se moquer. "On veut défendre une vraie histoire, où il y a de l'amour, des conflits, des souffrances et de vraies bonnes choses. Le but n'est pas d'avoir un regard péjoratif ou condescendant d'un milieu socio-culturel, mais bien de vivre avec nos personnages." Parmi la quarantaine de rôles, outre les précités, on retrouvera dans les rôles principaux Sophie Breyer (La Trêve), Laura Sépul (Ennemi Public), Jules Barbason et Chantal Pirotte. D'autres personnages seront campés par Pablo Andres, Olivier Bonjour, Ingrid Heiderscheidt, Renaud Rutten, Guillaume Kerbusch, Raphaël Charlier, Gaël Soudron, Frédéric Clou et Alain Bellot. Difficile de tous et toutes les citer, évidemment...

 

Le 20 X 26, un format propice

 

Imaginé tantôt en websérie, tantôt en 52 minutes, Baraki a finalement opté pour un format de 26 minutes, dont il est le dernier survivant d'un précédent appel d'offres du Fonds Séries. Aux dires de David Mathy (Koko Arrose la Culture), l'un des trois producteurs de ce vaste projet avec le tandem Benoît Roland/Nabil Ben Yadir (10.80 Films), "le 20 X 26 est une première pour tout le monde mais c'est selon moi le plus chouette format de série, même s'il reste compliqué au niveau de la production, du nombre de personnages et de la choralité des histoires. Pour moi, Baraki est une rencontre entre le cinéma et la télévision : on a les codes du premier, avec une réalité financière de la seconde." Et lorsqu'on demande à cet habitué des captations d'opéras les motifs de cette première implication à ce niveau, il répond : "Tout est né de la rencontre avec Julie Vargas et Peter Ninane, qui viennent de la même région que moi (Comblain, Liège, Verviers...). Je suis d'emblée tombé amoureux de cet univers de barakis dans lequel je pense qu'on est beaucoup à avoir grandi. L'idée de leur rendre hommage avec un peu de gaieté me plaisait, même si on ne se trouve pas dans de la comédie pure : on essaie d'amener un regard neuf et tendre sur des réalités de vie qui nous semblent concrètes." Au-delà du duo d'auteurs mentionné, trois autres sont arrivés en renfort (Sylvain Daï, Pierre Hageman et Chloé von Arx), en plus de trois script-doctors (François Pirot, Valérie Rosier et Marika Piedboeuf) "c'est beaucoup de monde mais quatre ans, c'est un travail de longue haleine, nécessitant beaucoup d'investissement. Puis, l'écriture a une part énorme dans l'élaboration d'une série. C'est là que tout se joue, en fait. Sans dire pour autant que le tournage est une partie de plaisir et que la post-production roulera toute seule" (sourire). "Mon rôle est surtout de maintenir les lignes directrices du projet. Mais chaque jour reste un défi..."

 Sur le tournage de Baraki de Fred De Loof

Des modèles surtout britanniques

 

Flanqué pour son rôle d'ajouts capillaires lui arrivant jusque dans le bas du cou, Vargas, pour l'instant soulagé de "passer entre les gouttes du Covid", revient sur sa double casquette d'acteur et de co-créateur. "Avoir rêvé d'un personnage et puis de s'en approprier le costume, c'est nouveau pour moi, mais c'est un prolongement presque naturel. Sur le plateau, c'est intense, on a peu le temps de souffler. Alors que je connais toutes les séquences, j'arrive parfois le matin en me demandant ce qu'on tourne, vu qu'on passe d'une scène de l'épisode 17 et l'épisode 2, etc. Il faut jongler ! Notre chance, c'est que le casting est hyper réussi et que l'ambiance du tournage ressemble à un bar de village. Donc, avec ce genre de partenaires, c'est simple de se reposer sur eux, pour faire des choses, en proposer d'autres et réagir en fonction", explique celui qui, pour son projet, évoque quelques influences, de Félix Van Groeningen (La Merditude des Choses) à Ken Loach, en passant par la série anglaise Shameless. Avec même un mini-parfum de Strip-Tease.

 

"On a tous la même série en tête" (Fred De Loof, réalisateur)

 

Tournée avec quatre mois retard suite au confinement, Baraki et ses instigateurs ont pleinement profité de cette période inédite pour offrir plus de maturité aux textes et approfondir la préparation. Fred De Loof, l'un des quatre réalisateurs, ne dément pas. "On a à présent tous la même série en tête, dans le respect des personnages et des histoires qu'on raconte, ce qui ne signifie pas qu'on n'a pas froid aux yeux. Car on est plusieurs à venir de milieux barakis, sans en avoir honte. Quand on écrit d'ailleurs, on songe parfois à nos familles. Quelque part donc, ce sont des personnages de fiction, mais qui existent !" Show-runner pour l'occasion, De Loof est accompagné derrière la caméra par Bérangère Mc Neese, Adriana da Fonseca et le Luxembourgeois Adolf El Assal, le Film Fund Luxembourg étant désormais partenaire du Fonds-Séries, à l'instar de Be TV dans ce cas.. "Ce travail collectif, avec deux femmes et deux hommes, est riche. Nos styles différent mais nos approches se complètent. On s'est réparti autant que possible les épisodes selon nos affinités, en veillant bien sûr à l'homogénéité de la série. De mon côté, j'ai proposé quelques codes de mise en scène, avec une approche visuelle plutôt poussée (NDLR: on retrouve à l'image Philippe Therasse d'Ennemi Public, soit l'un des directeurs photos belges les plus cotés), pour tenter d'obtenir un format assez cinématographique", ajoute encore De Loof, dont le premier long-métrage (Totem) sortira début d'année prochaine.

Fred De Loof sur le tournage de Baraki

 

"Il faut continuer à être audacieux" (David Mathy, producteur)

 

Prévue courant 2021, comme les séries Coyotes et Pandore qui se tournent elles aussi en ce moment, Baraki sera quoiqu'il advienne un pionnier, tant dans son genre que dans son format, donc. "On verra le résultat final, mais face à ce que je vois pour l'instant, je suis confiant", s'avance Mathy : "Vu la nature du projet, sorte de croissant wallon qui berce la région bruxelloise, notre question est aussi celle de la régionalité : on se demande à quel point tout cela pourrait être éventuellement compris en dehors de nos frontières, mais on reste dans quelque chose d'audacieux, et on doit continuer dans ce sens. Puis, qui sait, il y aura peut-être d'autres saisons de Baraki. On a quand même ici cette chance de ne pas devoir résoudre une enquête policière dans chaque épisode...", conclut-il, le sourire en coin...

 

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