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Une vie comme une autre de Faustine Cros au Festival En Ville!

Publié le 04/02/2023 par Kevin Giraud / Catégorie: Critique

Une vie comme une autre pourrait, au premier abord, n’être qu’un énième film d’enfance, d’une réalisatrice à la (re)découverte de son passé au travers d’archives. Une introspection cinématographique entre généalogie et thérapie par l’image, versant dans la banalité à l’instar de son titre. Et puis, au fur et à mesure des séquences, une autre histoire se révèle entre les lignes, bouleversante…

Une vie comme une autre de Faustine Cros au Festival En Ville!

Alors que l’on pensait que c’était la famille, voire même la réalisatrice qui constituait le protagoniste du récit, c’est petit à petit la mère de Faustine, Valérie, qui se révèle être le sujet de ce documentaire. Une personne dont le mutisme du présent tranche avec la joie des images passées. Et puis, au détour d’une image, la première craquelure apparaît : “Il y a quelques années, ma mère a fait une tentative de suicide. Elle m’a dit ça un jour sur Skype, l’air de rien”, nous susurre doucement et simplement la cinéaste. De quoi nous interloquer, alors que ces traces du passé ne montraient jusqu’alors que du bonheur.

Captées par Jean-Louis Cros, père de Faustine et réalisateur, les images sont une véritable plongée dans le quotidien de ce couple, puis de cette famille. Avec sa, ou plutôt ses caméras, l’homme filme tout, tout le temps. Les trajets en voiture, les promenades, les repas, les sorties. Le documentaire d’une vie, pourrait-on croire. Mais derrière ces choix, cette captation, une vérité terrifiante s’immisce peu à peu.

En filmant leur quotidien, Jean-Louis filme lentement la descente aux enfers de la mère de ses enfants. Une vie comme une autre passe alors du documentaire familial au pamphlet féministe, sans même avoir besoin de l’exprimer ouvertement. Entre une mère aujourd’hui détruite, alors qu’elle était promise à une grande carrière dans les coulisses du cinéma, et un père qui ne s'en rend pas compte, obnubilé par son amour des images.

Car c’est la différence fondamentale qui existe entre Faustine et son père, bien qu’elle reproduise l’acte cinématographique de son géniteur, elle se situe dans une autre position. Alors que ce dernier, encore aujourd’hui, se refuse à voir autre chose que des beaux plans et de jolies séquences, Faustine filme sa mère pour elle-même, sujet et actrice des plans fixes que la réalisatrice construit pour entendre sa version des faits, pour montrer la tristesse qui s’est ancrée dans sa peau et dans son regard.

Une tristesse et un désespoir qui nous prennent à la gorge, à mesure que les images du passé se déroulent sous nos yeux impuissants. Rarement il nous a été donné de voir un film si profondément triste, si révoltant dans l’inaction de cette caméra qui capte tout, sans jamais venir à la rescousse de la personne en perdition qu’elle enferme dans ses plans. Et quel plus beau message d’amour d’une cinéaste à sa mère, que de lui offrir ces espaces de liberté pour reprendre la parole sur elle-même, et pouvoir affirmer aujourd’hui son unicité et son indépendance, elle qui aurait pu être la plus forte des mères et des sorcières.

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