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Walter Hus : A musical Journey d’Astrid Mertens

Publié le 19/10/2022 par Benjamin Sablain / Catégorie: Critique

Walter Hus : A musical Journey d’Astrid Mertens suit Walter Hus dans ses projets créatifs et ses réflexions afin de lever un coin du voile sur ce musicien hors-normes. Il n’est certes pas aussi connu que d’autres artistes désormais érigés au Panthéon belge, mais il y mérite pourtant une place légitime pour l’envergure d’une œuvre qui couvre à présent trois décennies et une diversité très impressionnante de styles et genres musicaux.

Walter Hus : A musical Journey d’Astrid Mertens

Cela dit, Astrid Mertens ne s’empare pas de cette occasion de le glorifier avec un portrait lénifiant qui soulignerait, pendant une heure, combien son génie devrait éblouir le monde, comme c’est le travers de trop nombreux documentaires centrés autour de personnages de grande réputation. Elle poursuit plutôt le mouvement qui l’a conduite en 2015 à réaliser un premier court-métrage sur le musicien. Ce qui compte avant tout ici, c’est d’explorer l’univers fascinant de l’artiste à travers les méandres de sa vie créatrice. Pour ce faire, décidément loin de se faciliter la tâche, la réalisatrice déborde rapidement les limites de la voie qu’elle s’était décidée à explorer.

Alors qu’Astrid Mertens se contente à première vue de suivre l’artiste dans différents projets et recueillir en même temps ses impressions (souvent en voix-off, parfois en témoignage face caméra), l’exploration de la psyché de Walter Huss devient rapidement le véritable moteur du film. Ce qui conduit, de façon passionnante, à briser le premier cadre du documentaire, assez linéaire et soumis aux différents aléas du quotidien de l’artiste, pour emprunter une voie où la surface des images se creuse de doubles sens et surtout où le temps n’est plus une ligne que l’on parcourt de gauche à droite mais un milieu où l’on glane des souvenirs pour épaissir le présent. Un certain Gilles Deleuze dirait que l’on glisse de l’image-mouvement vers l’image-temps. Elle évite ainsi les pièges du classicisme pour élaborer en sous-main une atmosphère qui flirte avec le film de genre (qu’il soit policier ou fantastique). Walter Hus ne se limite pas à son acte artistique mais, comme tout être humain, recèle son lot de labyrinthes et de mystères qui aspirent l’attention en vue d’une élucidation incertaine.

Derrière un documentaire d’une apparente solidité et rondement mené, soutenu par une réalisation très soignée qui témoigne d’un indéniable talent de cinéaste, Walter Hus : A Musical Journey recèle donc son lot de déséquilibres, soigneusement distillés afin d’éviter pour autant que la part expérimentale ne déroute trop son public. Facile d’approche sans être pour autant simpliste, il permet tout à la fois de se familiariser avec la générosité et l’énergie communicative de Walter Hus, qui vit corps et âme sa musique dans un bouillonnement nous emportant dans son sillage, mais également de se familiariser avec ses silences, ses zones d’ombre, sa complexité que l’on pressent sans pouvoir vraiment y mettre autre chose que des mots-bribes. C’est pour cette raison que ce film est une réussite : il ne se contente pas de mettre en lumière ses succès et tous les éloges qu’on pourrait lui adresser, mais plutôt il nous laisse seuls juges. Il nous fait confiance sur notre propre capacité à rassembler les pièces pour forger notre propre avis sur le personnage, plutôt que d’en imposer un à grand renfort de témoignages unidirectionnels. Or, c’est grâce à cette orientation qu’Astrid Mertens nous livre un film au ton singulier : une réalisation le plus souvent feutrée pour un personnage haut-en-couleurs.

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