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Buda, de Raphaël Kaddour

Publié le 11/02/2026 par Malko Douglas Tolley / Catégorie: Critique

Film d’étude réalisé par un jeune cinéaste dans le cadre de son cursus à l’IAD, Buda de Raphaël Kaddour plonge dans le quotidien des travailleurs du Recypark Buda, situé à deux pas du pont Buda et de l’Hôpital Militaire Reine Astrid. Loin d’être anodin, ce témoignage a remporté le prix Cinergie du Festival En Ville grâce à la qualité de sa réalisation, à la justesse des propos recueillis et à un traitement subtil de la thématique, qui lui confère une portée presque universelle.

Buda, de Raphaël Kaddour

Les témoignages singuliers qui traversent ce docu-reportage, dépourvu de commentaires et de voix off, lui confèrent une force rare et parfois saisissante. Le film donne à voir, sans filtre, les réalités du travail, les mécanismes de l’ambition, l’application rigide des règles venues d’en haut par des bureaux éloignés du terrain, ainsi que la violence du public envers celles et ceux qui se trouvent en première ligne, souvent sans considération pour leur quotidien.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de jugement du réalisateur. Jamais il ne cherche à désigner des responsables ou à imposer un point de vue moral. Le film refuse toute simplification manichéenne et laisse place à la complexité des situations. Chacun peut être compris : les travailleurs pris dans des contraintes lourdes, comme les usagers eux-mêmes, parfois débordés, parfois maladroits, parfois injustes, souvent prisonniers d’un système qui les dépasse.

Le film est tour à tour fort, violent, drôle et profondément triste. Il provoque le rire, la colère, l’empathie, parfois le malaise, et ne laisse jamais indifférent. En donnant à entendre des paroles brutes et sincères, il touche le spectateur et l’invite naturellement à prolonger la réflexion, à en débattre, à confronter ses propres représentations.

À cette dimension humaine et émotionnelle s’ajoute une profondeur psychologique, presque philosophique, portée par la réflexion particulièrement fine de l’un des employés du recypark. Le film met également en lumière une problématique sociétale essentielle, qui concerne Bruxelles mais aussi l’ensemble des milieux urbains : la gestion des déchets et le coût de leur traitement, pour les institutions comme pour les citoyens. En articulant enjeux humains, sociaux et économiques, l’œuvre transforme un sujet du quotidien en une véritable matière cinématographique et politique.

C’est pour toutes ces raisons que le jury Cinergie composé de 5 journalistes de la rédaction a décidé à l’unanimité de lui attribuer son prix lors de sa participation à la compétition Jeunes Talents Belges du festival En ville.

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