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Coffret de 7 films de Boris Lehman

Publié le 30/10/2018 par Serge Meurant / Catégorie: Sortie DVD

Continuer ma vie et la filmer en même temps. Ma vie est devenu le scénario d’un film qui lui même est devenu ma vie. Boris Lehman

Le coffret de 7 films de Boris Lehman constitue une remarquable introduction à l’œuvre immense dont Babel, lettre à mes amis restés en Belgique serait l’origine et la somme tout à la fois.

Coffret 7 films de Boris LehmanMuet comme une carpe (1987) est tourné à Bruxelles au moment du Nouvel An juif. Les préparatifs culinaires de ce plat traditionnel, la carpe farcie « à la polonaise », et le repas qui rassemble une famille librement composée évoquent en filigrane le sacrifice du poisson et la shoah.

Les deux films tournés dans les différents ateliers du peintre Arié Mandelbaum (Portrait du peintre dans son atelier – 1985 - et Un peintre sous surveillance – 2008) (1) développent les thèmes de la confrontation du cinéaste au regard de l’autre, peintre ou sculpteur, et de l’évocation de rencontres avec des doubles fraternels. Et lorsque le regard du peintre croise celui du cinéaste, les mots sont inutiles pour témoigner de ce qui dans leur passé et aujourd’hui encore, les lie avec tant de force.

Il en est de même pour L’homme de terre (1989) où un sculpteur, Paulus Brun, reçoit la commande d’une statue de l’homme invisible. Boris Lehman en est le modèle et le commanditaire. Ce portrait du cinéaste en demiurge prend sa source dans la légende du Golem.

Retouches et réparations (2009) évoque à travers les retrouvailles d’un des plus anciens amis de Boris Lehman, Richard Kenigsman, l’enfance du cinéaste, passé familial que le cinéaste n’avait jamais raconté avec tant de bonheur.

La dernière scène réunit, dans le décor rasé par les promoteurs immobiliers (2003) du Parlement européen, douze cinéastes qui interprètent les dialogues de l’Évangile selon Saint Jean.

Choses qui me rattachent aux êtres (2010). Boris Lehman écrit au sujet de ce très court-métrage (2015) sur le thème testamentaire du dépouillement : « Je présente à la caméra quelques objets de mon quotidien – des allégories, en quelque sorte mon musée sentimental - ayant appartenu à d’autres, et qui, littéralement, me constituent : « Je suis la somme de tout ce que les autres m’ont donné ».

François Albéra rejoint mon sentiment de deuil lorsqu’il écrit : « C’est comme si Boris se dépouillait de tout ce qui le recouvre, reçu ou trouvé, pour atteindre à la nudité, celle qui hante les lieux que son cinéma a plusieurs fois visités, où étaient aussi des amoncellements de vêtements qu’on avait fait quitter à ceux conduits pour être mis à mort. » (2)


(1) Lire à ce sujet les pages consacrées par Serge Meurant aux doubles du cinéaste dans « À la recherche du lieu de ma naissance, in « Regards sur le réel », Yellow Now, 2013, pp 163 à 169.
(2) Extrait du texte paru dans la revue Vertigo , n° 39

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