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Rencontre avec Eurydice Gysel, productrice chez Czar Belgique.

Publié le 12/09/2018 par David Hainaut et Tom Sohet / Catégorie: Entrevue

« La Belgique offre des possibilités de tournages indéniables. »

Entre février et juillet de cette année, la Belgique a accueilli la majeure partie du tournage d'une nouvelle version - en série - des Misérables de Victor Hugo. Une vaste coproduction avec la BBC amenée par Czar qui, au préalable, avait déjà permis la réception chez nous de plusieurs séries internationales (The White Queen, The Missing 1 – nommée deux fois aux Golden Globes et - 2).
Rencontre avec sa productrice Eurydice Gysel, qui évoque la philosophie d'une société plus incontournable que jamais dans le paysage belge. Rayon cinéma, leurs nouveaux films, Un Ange et Coureur, démarrent leur carrière en festival. Ostende et Toronto pour le premier, Gand pour le second.

Cinergie: C'est donc entre films d'auteur et séries internationales qu'aujourd'hui, vous trouvez un équilibre ?
Eurydice Gysel : Pour nous, oui ! Mais les choses ont évolué progressivement puisque Czar, en 2000, a commencé par ne faire que de la publicité, qui est pas la suite devenu un socle pour développer de la fiction. Ce n'est qu'en 2012 que nous avons réellement scindé notre structure en deux (Czar Film et Télévisie et Czar Pub), ce qui nous a permis de coproduire ces séries avec la BBC. Des séries qui continuent à être une base pour la création de longs-métrages belges, avec le plus de soin et d'exigence possibles.

C: Et visiblement, derrière ces Misérables, votre actualité est dense...
E.G. : Oui, tout nous arrive en même temps. Alors qu'on clôture les comptes des Misérables, on vient d'entamer le tournage d'une autre série importante, Baptiste (NDLR: The Missing 3, toujours avec Tcheky Karyo), qui se partagera entre les Pays-Bas et la Belgique, jusqu'à fin octobre. En marge de cela, nous présentons en festival deux films, Un ange, troisième long de Koen Mortier basé sur l'histoire de l'ex-star de vélo Frank Vandenbroucke, et Coureur (Kenneth Mercken), axé sur la véritable histoire d'un cycliste belge confronté au dopage, alors qu'il est en passe de devenir professionnel en Italie.

C: ...le cyclisme semble à la mode dans le cinéma flamand !
E.G. : Oh, c'est un simple concours de circonstance, il y aura d'ailleurs six mois d'écart entre les sorties. Ce n'est que parce que Koen Mortier a décliné un film commercial aux États-Unis qu'il a entrepris Un ange, qui a nécessité de longues années de financement. Il en est bien récompensé, puisqu'il se retrouve une troisième fois sélectionné au prestigieux Festival de Toronto! Quant à Coureur, c'est un court-métrage qui est finalement devenu un long. Plus globalement, je dirais qu'il est sain que nous tournions un long-métrage tous les deux ans et qu'on en coproduise deux autres, pour garder notre structure de base viable, sachant qu'on vise le cinéma d'auteur. Certes, la présence du Tax-Shelter et des différents fonds simplifient certaines choses de nos jours, mais d'un autre côté, il y a de plus en plus de réalisateurs de talent et énormément de films sur le marché.

C. : Concernant vos séries, le point de départ aura été The White Queen, il y a cinq ans...
E.G. : Oui, que nous avons tournée à Bruges, à Gand et en Wallonie, pour la partie châteaux. Les possibilités de financement belges constituent un plus indéniable pour l'accueil de tournages, mais si la BBC est revenue par la suite, c'est aussi pour d'autres raisons : nos équipes ont l'avantage d'être multilingues et notre position géographique européenne centrale reste idéale. Puis, ce qui plaît aux étrangers, c'est notre culture, l'aspect agréable de nos villes comme Anvers ou Bruxelles, nos logements et même notre cuisine ! C'est cet ensemble-là qui facilite la mise en place de productions d'ampleur, chez nous.

C: ...en permettant de faire travailler un certain nombre de techniciens et d'acteurs belges.
E.G. : Incontestablement, puisqu'on a au quotidien une centaine de personnes sur le plateau. Après, la remise en question reste permanente, car avec le Brexit, on ignore ce que l'avenir nous réserve. Ce sont de gros budgets qui sont en jeu donc, dès qu'il y a un problème, c'est forcément un risque qu'on porte avec soi, lorsqu'on coproduit. Il s'agit donc de rester toujours vigilent et de pouvoir s'adapter et de rebondir au cas où. D'autant qu'en parallèle, le cinéma d'auteur réclame lui aussi pas mal de prises de risques!

C: Justement, comment se porte le film d'auteur en Flandres, aujourd'hui?
E.G.: Disons que le marché reste étroit et la distribution parfois difficile quand on ne fait pas un cinéma purement commercial, même si notre cinéma jouit d'une belle image à l'étranger. En 2013, on a par exemple coproduit Borgman qui s'est retrouvé sélection officielle à Cannes, et on a fait dix fois moins d'entrées qu'au Pays-Bas. Et je pense que la problématique est similaire au sud du pays. Mais pour distribuer nos films, nous collaborons avec Paradiso film et nous en sommes contents. En parallèle, l'ouverture d'un complexe comme le Palace dans la capitale est positive pour nos films, ce qui complète une offre intéressante, avec les salles comme L'Aventure, les Galeries ou l'UGC...

C: Cette année, auteurs flamands et francophones se sont rassemblés pour représenter la Belgique au Festival Séries Mania, en France. Vous croyez en ce type de nouvelles unions ?
E.G. : Ces partenariats entre les communautés sont hyper-positifs, et c'est d'autant plus valable pour des films d'auteur belges. Cela existe aussi entre la Flandre et les Pays-Bas. N'oublions pas aussi que la Fédération Wallonie-Bruxelles et le VAF, le Fonds Audiovisuel flamand, ont un accord pour faire 4 films ensemble chaque année. Après, on sait tous que la grande mode est aux séries. C'est très bien, notamment pour permettre à de jeunes réalisateurs d'exercer leur métier, mais c'est important de leur donner aussi la possibilité de réaliser des films où ils peuvent mettre leur patte, dans des productions de qualité. Un long-métrage, c'est plus long à financer qu'une série, mais cela fonctionne toujours, et c'est essentiel pour préparer l'avenir. Dans ce sens-là, je suis heureuse que Czar réussisse son pari, après 18 ans !

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