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Jonathan Lenaerts, attaché de presse du Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (9 au 21/4)

Publié le 08/04/2019 par David Hainaut, Safwan Alami et Tom Sohet / Catégorie:

« Si vous observez le box-office mondial, le fantastique est largement dominant .»
Qui dit congé pascal dit Festival du Film Fantastique de Bruxelles («BIFFF» pour les intimes), dont la 37e édition débute ce mardi, avec une nouvelle adaptation du Simetierre de Stephan King. Basé à Bozar depuis 2013, l'un des plus importants événements cinématographiques belges, s'il se porte mieux que jamais – avec un record de 55 000 personnes l'an dernier – évite de se reposer sur ses lauriers.
Rencontre à Laeken, depuis les bureaux du festival, avec Jonathan Lenaerts, 38 ans, qui officie depuis une décennie au sein de cette organisation (l'asbl Peymey Diffusion) d'une petite dizaine de personnes. Attaché de presse du festival, ce multitâches fait également partie du comité de sélection des films, prospecte à l'étranger, a en charge les dossiers administratifs et coordonne les «OFF» (animations) du festival.

Cinergie : Malgré une concurrence festivalière plus forte que jamais, tant belge qu'internationale, votre événement parvient toujours à émerger. Pourquoi ?
Jonathan Lenaerts : C'est lié à plusieurs choses. Sa longévité, qui lui donne l'impression d'être bien installé. Son aspect spontané aussi, car le BIFFF s'est lancé sur un coup de tête en 1983. Puis, son côté populaire et la communion qui règne dans les salles. Tous nos invités, jusqu'à des réalisateurs de renom comme William Friedkin, John Landis ou Terry Gilliam, nous l'ont dit : c'est unique au monde ! Bref, malgré la pression exercée par les géants de la vidéo à la demande ou le streaming illégal, les gens continuent de venir pour l'ambiance. Preuve de certaines limites qu'a le film regardé chez soi sur son canapé. Tant qu'on maintiendra cette identité, je pense qu'on gardera cet attrait.

C. : Pourtant, et à commencer en Belgique, on sent qu'une partie des professionnels et du public reste encore à convaincre...
J.L. : Oui car justement, avec ce statut d'ancienneté, on est peut-être plus facilement « attaquable », si j'ose dire. Certains ne considèrent pas l'événement aussi fragile qu'un autre et pensent que cet énorme paquebot n'a qu'à revenir chaque année. Or, la remise en question est permanente. Des a priori tenaces subsistent, aussi : certains nous ont déjà qualifié de « kermesse au boudin » et d'autres pensent qu'on ne programme que de l'horreur pure et des films sanguinolents. J'invite les gens qui pensent encore cela à venir se faire leur propre opinion, car on montre aujourd'hui le fantastique au sens le plus large : du thriller à la fantaisie, en passant par l'horreur et la science-fiction. Notre public vient de tous les milieux et va – sans exagérer - de 7 à 90 ans. Et on retrouve des étudiants, des femmes, des hommes, des retraités, etc...

C. : Précisément, pour cette édition, qu'est-ce qui ressort de votre programmation ? Pourriez-vous nous la resituer ?
J.L. : Ce qu'on remarque cette année, c'est que plus le monde va mal, plus le fantastique se porte bien ! Mais c'est prouvé, le cinéma de genre regagne toujours d'intérêt en période de troubles socio-économiques. Le malaise mondial se filtre en fait via la fiction. On le voit dans notre quasi-centaine de films, des thèmes comme le terrorisme (The Unthinkable, Suède), les migrants (Go Home, Italie), le fascisme (I'M back, Italie) l'écologie (The Quake, Norvège), les tueries de masse (The Dead Ones, USA) ou l'apocalypse (Take Point, Corée du Sud) sont en vogue. C'est une façon d'alimenter les débats. On est heureux, aussi, d'avoir neuf (co)productions belges (NDLR: un autre record) comme The Room avec Kevin Janssens et Olga Kurylenko, preuve que, même s'il y a encore à faire, le fantastique est moins considéré comme un sous-genre qu'avant. N'oublions pas qu'on reste un petit pays et qu'on ne peut presque pas se permettre de financer un film de genre à 100%, d'autant qu'il doit être ou francophone ou néerlandophone ! Mais la coproduction explose, et on y contribue avec notre BIFFF Market, plateforme que nous développons pour favoriser de nouveaux projets...

Jonathan Lenaerts, dernière ligne droite avant le BIFFF 2019C. : Le BIFFF, vous l'avez dit, c'est une ambiance, des films, mais aussi d'autres activités. Comme ?
J.L. : Beaucoup d'animations. On lance par exemple la ZombiFFF Run, une course où les participants déambuleront en plein centre ville, la nuit, pour échapper à des... zombies affamés! On poursuit aussi notre incursion dans la réalité virtuelle, avec une nouvelle compétition. Cette nouvelle technologie en est encore à ses balbutiements, mais on reste alerte, car si le fantastique peut évoluer de façon immersive, ce serait là, formidable pour ceux qui aiment se faire peur. On peut encore ajouter le «rafting sur marée humaine» organisée par le Magic Land Théâtre, une attraction qui a fait la gloire du BIFFF à son époque du Passage 44. La 4e édition du Boulevard du Polar aussi, convergence idéale entre littérature et cinéma. Puis, entre autres choses, nos concours de body-painting et de maquillage, le Bal des Vampires, le Kino Kabaret (NDLR: où 30 participants devront réaliser un court-métrage en 72 heures), une nouvelle synergie avec nos amis du Festival Offscreen...

C. : Quant aux invités ?
J.L. : Pas loin d'une centaine. Cette année, pour notre traditionnelle récompense du Chevalier de l'Ordre et du Corbeau, nous intronisons l'Allemand Udo Kier, emblème du cinéma fantastique et grand second rôle chez Fassbinder, Van Sant et von Trier. Quatre films de l'acteur figurent à notre menu. Viendront aussi des gens comme Simon Abkarian, Na Hong-jin – un habitué de Cannes - Andrew Desmond, Eds Speleers, Christian Alvart, Katsuni, Yoann Blanc, Jean-Luc Couchard (...). Sans oublier Steve Johnson, le pape des effets spéciaux mondiaux (Ghostbusters, Poltergeist, Blade 2, Spider-Man 2...), qui est président du jury international et à qui on consacre une master-class.

C. : Voilà six ans que le BIFFF a posé ses quartiers à Bozar. Avec le recul, qu'est-ce que ce nouveau lieu vous a apporté ?
J.L. : L'avantage d'y avoir déménagé est multiple. Tour & Taxi offrait un espace incroyable qu'on pouvait arranger à notre sauce, mais Bozar a comme atout d'être central et c'est un point d'accès idéal pour tout le monde, y compris les gens vivant hors de Bruxelles et venant de l'étranger. Puis, il y a trois salles, ce qui n'est pas superflu quand on a des séances avec 2000 personnes. Et le lieu nous offre une rupture intéressante avec l'idée qu'on peut se faire du festival...

C. : Bref, à vous entendre, le genre semble avoir encore de belles années devant lui...
J.L. : Ah, mais ne nous leurrons pas ! Si vous observez le box-office mondial récent, le fantastique reste largement dominant : d'Harry Potter à Captain Marvel, en passant par The Avengers, Iron Man, Star Wars, Hunger Games etc... Que le BIFFF suscite une attention croissante et qu'on ose l'aborder plus frontalement chez nous, c'est donc logique et c'est tant mieux ! Ne perdons pas non plus de vue que ce qu'on voit dans les salles traditionnelles, c'est à peine 1% de la production mondiale ! Donc, vu qu'on refuse de baisser les bras face à un cinéma complètement standardisé, un festival comme le nôtre a forcément des choses intéressantes et inédites à dévoiler ou à partager. On a dix avant-premières mondiales, onze internationales et dix européennes. Et tellement de films invisibles ailleurs !

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