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Le réveil de Marc-Henri Wajnberg

Publié le 31/03/2021 / Catégorie: Entrevue

En juin 2017, la Fédération Wallonie-Bruxelles organisait l'Opération "50/50, Cinquante ans de cinéma belge, Cinquante ans de découvertes" qui mettait à l’honneur 50 films marquants de l’histoire du cinéma belge francophone. Ces films sont ressortis en salle pendant toute une année et de nombreux entretiens ont été réalisés avec leurs auteurs. Le site internet qui se consacrait à cette grande opération n'étant plus en activité, Cinergie.be a la joie de pouvoir aujourd'hui proposer et conserver tous ces entretiens passionnants où une grande partie de la mémoire du cinéma belge se donne à lire.

 

Marc-Henri Wajnberg, né à Bruxelles, a effectué ses études de cinéma à l'INSAS, Institut National Supérieur des Arts du spectacle et des techniques de diffusions. Riche d'idées et de nouveaux concepts, il multiplie ses créations audiovisuelles, notamment avec Clapman, une série de 1200 shorts de 8 secondes qui seront diffusés quotidiennement dans plus de 50 pays. En 1993 il réalise son premier long-métrage, Just Friends, qui nous plonge dans le milieu musical du jazz, à Anvers en 1959, à travers un saxophoniste talentueux rêvant de faire carrière à New-York.

Just Friends a emballé la critique par sa recherche esthétique et le jeu de ses interprètes (Josse de Pauw, Sylvia Milhaud, Ann Gisel Glass, Charles Berling). Il réalise le court-métrage Le Réveil en 1996, récompensé par le Rail d'Or à Cannes et dans lequel il met en scène un magistral Jean-Claude Dreyfus se réveillant chaque matin au moyen de mille mécanismes ingénieux.
Sa curiosité et son intérêt pour l'art et l'histoire le mènent également à se consacrer à la réalisation de documentaires de création, tels que
Evgueny Khaldei, photographe sous Staline en 1997, où il part à la rencontre de cet émouvant photographe de guerre.
En 2001, il réalise
Oscar Niemeyer, un architecte engagé dans le siècle, un témoignage sur l'architecte le plus prolifique du 20ème siècle. Au cours des années 2000, Marc-Henri Wajnberg développe de nombreux projets. Il conçoit et produit une collection 33 documentaires pour Arte, Kaléidoscope, regards sur un cadre de vie, dont il réalise quatre épisodes. Dans chaque numéro, Kaléidoscope – le guide – choisit un lieu de vie singulier, public ou privé, en Europe ou ailleurs, et le décline en une succession de regards fragmentés. Il collabore au développement et coproduit Five Obstructions, long-métrage documentaire de Lars von Trier et Joergen Leth. Un film de recherche où les idées préconçues et les opinions des deux hommes seront continuellement remises en question.
En 2009, Marc-Henri Wajnberg produit une collection de 5 documentaires tournés en République Démocratique du Congo,
La Terre, Des Hommes. Dans le cadre des 50 ans d'Indépendance de l'Afrique, il réalise Portrait de Kinshasa pour la série de webdocumentaires d'Arte. De cette rencontre avec Kinshasa et ses habitants, Marc-Henri Wajnberg fait naître son second long-métrage, Kinshasa Kids.
Une fiction mêlée au style documentaire qui raconte l'histoire de 8 enfants des rues en quête d'une vie meilleure dans une Kinshasa bouillonnante qui peine encore à se reconstruire. Marc-Henri Wajnberg a été Professeur à l’école de cinéma à l’ERG (Bruxelles) en 1987 et à l’école de cinéma de San Antonio de Los Banos (EICTV), Cuba, en 1994 et 2012. Il a été Président de Centre du Film sur l’Art de 2003 à 2006 et est membre de la Commission Cinéma de la Fédération Wallonie Bruxelles.

Jean-Claude Dreyfus dans Le Réveil

 

Didier Stiers : Pour plaisanter, quand on voit Le Réveil, on pourrait dire que l’aide à la production a essentiellement servi à construire le décor et réaliser les «effets spéciaux», non ?

Marc-Henri Wajnberg: Oui mais, en réalité, l'aide qu'on reçoit de la Communauté française ne suffit pas pour financer complètement, il faut toujours trouver d’autres sources. Et ici, j’ai surtout eu une aide de Canal+. Le gros du travail sur ce film a effectivement été de construire tout le décor au fur et à mesure du scénario, en fonction de ce qui devait apparaître à chaque moment à l’image. Et tous les effets ont été réalisés pendant le tournage. Il nous a plus ou moins fallu un mois de construction et de répétitions pour un jour de tournage avec Jean-Claude Dreyfus.

 

D.S. : Vous êtes passé au long-métrage, mais vous êtes aussi plus d’une fois revenu au court.

M-H.W.: Je n'ai pas de plan de carrière, je fonctionne avec les choses qui m'intéressent au moment où elles se présentent. La difficulté, c’est que chaque projet prend du temps pour se mettre en place : je ne tourne pas régulièrement et je suis moi-même scénariste, réalisateur et producteur. Mais je ne regrette aucun de mes films.

 

D.S. : Avoir plusieurs casquettes simplifie les choses quand on dépose un projet à la Commission, où vous siégez, d’ailleurs ?

M-H.W.: D’une part, je me rends compte que c'est un outil extraordinaire, même si rien n'est parfait. C'est encore un des rares espaces dans le monde, ou du moins en Belgique, où l'œuvre prime sur l'aspect financier et la rentabilité. Après, j'ai l'impression d'être aujourd'hui, comme à mes débuts, comme un débutant, de devoir me battre et prouver que je suis capable de faire des courts, des documentaires, des longs ou, comme aujourd’hui, de travailler sur un projet de réalité virtuelle… Mes films sont parfois refusés, parfois acceptés. Mais j’ai appris à ramer très tôt ! Malheureusement, il y a aujourd’hui de moins en moins d'eau…

 

D.S. : Pour pas mal de gens, vous resterez « Monsieur Clap » : pas trop lourd à porter ?

M-H.W.: Je suis assez fier de cette collection, ça fait partie de mon histoire, de mon métier du cinéma et ça rend quand même hommage à un travailleur de l'ombre. C’est le clap qui fait démarrer la magie : soudain, on est dans une autre réalité.

 

D.S. : D’où vous est venu ce personnage ?

M-H.W.: Je n'avais pas de moyens financiers mais des moyens techniques, et je me suis demandé ce que je pouvais faire, avec de la jugeote et de l’inventivité, que d’autres ne feraient pas. Tous ceux qui ont vu la maquette m’ont déconseillé de continuer, me disant que personne ne me prendrait des films de 8 secondes. Je me suis endetté en promettant que ça allait marcher. Et ça a marché ! J’ai finalement tourné 1.200 « épisodes », Le Clap a été vendu à une cinquantaine de chaînes et a lancé la mode des « shorts ». C’est ce qu’on m’a dit chez Canal quand est né le département des films courts, et c’est un peu suite au Clap que MTV s’est également mis aux « shorts ». Ca ne me dérange donc pas, au contraire : j’en suis fier et c'est même le logo de ma boîte.

 

Didier Stiers

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