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Un éte à Droixhe de Richard Olivier

Publié le 22/02/2018 par Bertrand Gevart / Catégorie: Critique

En février 1958 se tenait à Droixhe, dans la banlieue liégeoise, l’inauguration d’un ensemble d’immeubles qui faisait alors rougir les adeptes les plus radicaux des lignes architecturales brutalistes et puristes de la cité radieuse. Un rêve verdoyant que l’on se pressait de visiter
Été 1997. Le rêve urbanistique a viré au cauchemar. Les horizons cimentés et tours de béton préfabriqués prennent l’espace en otage.

Les habitants, issus d’une quarantaine de nationalités différentes, cohabitent, tous parqués dans ces tours postmodernes. Autant de portraits vivants qui occupent cette forêt urbaine coulée par le désespoir sans véritable lendemain. Droixhe, ou le résultat d'un scandale immobilier passé sous silence et, progressivement oublié.

Lorsque les effondrements de blocs de béton se mêlent aux chairs blessées, lorsque le chômage et la délinquance, comme un métronome, font de la peur le rythme de la vie, l’urgence se place dans le «faire voir le voir et ce qui se montre», dans une caméra éthique, respectueuse de ces destins croisés. En s’efforçant de penser le triste héritage de la modernité, de montrer ses limites et ses dérives, Olivier Richard filme tel un sociologue engagé, arpentant le réel, n’hésitant jamais à se confronter aux paroles politiques calomnieuses. Au détour de plans intimistes, le documentaire nous percute et dévoile de petits intermèdes de résistances aux multiples visages esseulés, se définissant uniquement en fonction de leur appartenance communautaire. Ces gueules, cassées par la vie, espérent pouvoir quitter le quartier. Pour tout un chacun, ce temps archivé se retrouve à l’état de survivances imaginaires, ils rêvent leur vie, s’imaginent percer dans la musique, chanter avec Cheb Khaled. Rappeurs, skateurs, étudiants, commerçants, racistes, indignés d’un jour, petits caïds sont filmés successivement avec brutalité et justesse, tous témoins d’un paysage moribond dans un vaste champ de dégradations. Seule la musique leur permet en dernière instance d’exister et de se projeter.

Si le documentaire déploie une vision tragique d’une politique urbaine désastreuse, il parvient également à montrer l’attachement des habitants à vouloir sortir d’un déterminisme social. Par son montage, Richard Olivier tisse les convergences entre l’impact de l’habitat sur la manière de vivre. Il dénonce une précarité grandissante, un chômage toujours en hausse et l’impossibilité d’envisager l’avenir.

Un été à Droixhe dépeint la désolation des tensions sociales et raciales de ce paysage abîmé. Des images d’êtres humains à la recherche d’évasion, voués à subir l’esthétique de la destruction.

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