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Adil et Bilall - Rebel

Publié le 06/10/2022 par Kevin Giraud et Harald Duplouis / Catégorie: Entrevue

Des bancs de Sint-Lukas, le duo Adil et Bilall a su se forger une identité unique, au travers d’un cinéma qui l’est tout autant. Mettant leur personnages - qu’ils soient hollywoodiens, belges ou d’ailleurs - au centre de leurs films, ils construisent des récits poignants et grandioses, qui doivent autant à Hollywood qu’à leur belgitude. Rencontre autour de l’impressionnant Rebel, qui leur ressemble tout en étant peut-être le plus fort de leurs films jusqu’ici.

Cinergie : Comment vous sentez-vous à la sortie d’un tel film ?

Adil El Arbi : Très contents que le film puisse être enfin montré à un public belge, car il a été en partie tourné ici. Après les bons retours de Cannes, et ceux du Maroc, le film rentre enfin à la maison.

 

C. : Pouvez-vous revenir rapidement sur votre parcours ?

Bilall Fallah : Avec Adil, on s’est rencontrés à Sint-Lukas à Bruxelles. Nous étions les deux seuls Marocains, donc on est vite devenus inséparables. En dernière année, nous avons réalisé Broeders, avec lequel nous avons remporté un prix, ce qui nous a permis de financer en partie Image, notre premier long-métrage, pour ensuite faire Black. Et c’est ce film qui a changé nos vies, parce qu’il nous a ouvert les portes d’Hollywood. Notre carrière là-bas a débuté avec Bad Boys for Life, tandis que nous faisions Patser en Belgique. Et nous voici aujourd’hui de retour en Belgique, avec Rebel.

 

C. : Comment passe-t-on du Flic de Beverly Hills ou de Ms Marvel, grosse série Disney+, à un film comme Rebel ?

Adil El Arbi : De notre côté, on essaie toujours de faire l’alternance entre des projets très personnels en Belgique, que ce soit des films ou des séries, et des grands films hollywoodiens. Côté technique, cela nous permet d’apprendre beaucoup en termes de mise en place, notamment pour les grosses scènes d’action. Et ce savoir-faire, on l’utilise ensuite dans des œuvres comme Rebel, pour pouvoir intégrer des choses assez épiques, tout en étant plus dans l’intime, en se focalisant sur les personnages.

 

C. : Mais du coup, pourquoi faites-vous des films ?

A.E.A. : Pour nous, le cinéma, c’est juste le meilleur job du monde. Cela nous permet d’explorer plusieurs histoires, plusieurs univers, autant réels que fictifs. Tout ce qui nous intéresse dans la vie, nous l’avons découvert par le cinéma. Que ce soit l’archéologie au travers d’Indiana Jones, l’exploration spatiale avec Apollo 13, etc. Chaque histoire, chaque film est un nouveau monde, totalement différent.

 

C. : Vous parliez d’être proches de vos personnages…

B.F. : Pour nous, c’est important de pouvoir voir le monde à travers leurs yeux, et c’est ce que nous essayons d’intégrer dans toutes nos scènes. L’histoire sera toujours du point de vue de notre personnage, et c’est cette trame que nous allons suivre.

 

C. : Pour un film belge, Rebel est d’une ampleur rarement égalée, comment fait-on un film comme celui-ci chez nous ?

A.E.A. : Nous avons la chance de pouvoir compter sur une équipe fidèle. Notre directeur photo Robrecht [Heyvaert, ndlr] nous accompagne depuis le début, autant en Belgique qu’à Hollywood par exemple. Il a beaucoup d’expérience, et avec des budgets qui ne sont pas ceux des Américains, il arrive quand même à rendre des scènes épiques et gigantesques. C’est toujours cela le challenge : comment faire pour que ce film ait des allures internationales, pour qu’il ait “l’air” de coûter dix fois plus cher que ce qu’il a coûté en réalité. Il y a une certaine magie dans ce cinéma, que l’on fait avec des moyens qui sont parfois plus petits, tout en donnant quand même du spectacle.

 

C. : Pour parler d’un tel sujet, vous avez dû faire de sacrées recherches…

B.F. : Dans le cadre de Rebel, il était important que tout soit le plus authentique possible. Nous avons travaillé huit ans sur ce projet, et alors que nous écrivions le scénario, les événements se déroulaient et changeaient le film aussi. Nous avons parlé avec les mères, qui sont d’ailleurs présentes dans le film, mais aussi avec des jeunes qui sont partis en Syrie, ou encore avec des soldats des forces spéciales belges. Nous avons aussi subi les vidéos de propagande, des documentaires. C’est un film où, dans chaque scène, il y a toujours une référence visuelle, une source.

 

C : Quelles ont été les séquences les plus difficiles à tourner ?

B.F. : Les scènes musicales, et les grandes scènes de guerre, de par leur ampleur. Du côté musical, c’est la synchronisation, le rythme qui ont été les plus difficiles à gérer. C’était quelque chose que nous n’avions jamais fait avant, mais c’est également une vraie source d’émerveillement quand tout marche. Je pense qu’un jour, nous réaliserons un musical, c’était une expérience incroyable.

 

A.E.A. : Pour les scènes de guerre, nous nous sommes beaucoup documentés, mais nous avons aussi travaillé avec l’armée jordanienne, et avec un témoin belge qui a combattu Daesh aux côtés de forces kurdes. Ensemble, on a désigné ces séquences, et nombre de nos figurants étaient de vrais soldats. C’était presque comme la répétition d’une véritable attaque, et c’est cela qui donne le caractère extrêmement réaliste de ces scènes.

 

C. : C’est aussi un film sur le film, à travers ces vidéos que vous reproduisez.

A.E.A : Nous avons vu toutes ces vidéos, mais également interrogé des gens, fait des recherches. La propagande vidéo a été et est une vraie arme pour l’État Islamique, qui bénéficie de vrai matériel presque hollywoodien pour produire ces films. C’est terrifiant, car il n’y a aucune improvisation derrière ces vidéos. Au contraire, ils faisaient de vrais castings, des répétitions, des repérages. Il y a quelque chose de méthodique, clinique presque dans cette démarche. Et c’est ça qui est dingue de constater, et que nous avons reproduit dans ce film.

 

C. : Quel message vous vouliez faire passer à travers ce film ?

A.E.A. : Pas vraiment un message, mais plutôt essayer de construire un document historique sur ce qui s’est déroulé dans cette décennie, et d’éduquer les gens en leur montrant l’envers du décor. Toute la complexité de pourquoi les gens sont partis, la radicalisation, et comment nous en sommes arrivés à des événements comme ceux qui ont frappé la Belgique. Tout le monde a une connexion avec ceux-ci.

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