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50/50 - Agulana de Gérald Frydman

Publié le 26/03/2021 / Catégorie: Dossier

En juin 2017,  la Fédération Wallonie-Bruxelles organisait l'Opération "50/50, Cinquante ans de cinéma belge, Cinquante ans de découvertes" qui mettait à l’honneur 50 films marquants de l’histoire du cinéma belge francophone. Ces films sont ressortis en salle pendant toute une année et de nombreux entretiens ont été réalisés avec leurs auteurs. Le site internet qui se consacrait à cette grande opération n'étant plus en activité, Cinergie.be a la joie de pouvoir aujourd'hui proposer et conserver tous ces entretiens passionnants où une grande partie de la mémoire du cinéma belge se donne à lire. 

Très tôt passionné par le cinéma, Gérald Frydman écume les salles de quartier, éclairé par la lecture de François Truffaut dans Arts et Spectacles et les premiers Cahiers du cinéma. Nourri de westerns, de films noirs et de comédies musicales, il se retrouve tout naturellement à l’IAD (Institut des arts de diffusion) pour étudier la mise en scène de cinéma, tout en travaillant comme assistant d’André Cavens sur son long métrage Il y a un train toutes les heures. Il continue son apprentissage comme assistant caméra, électro et comme monteur, notamment du court métrage Jam Obsession du même André Cavens entre 1971 et 1991, Gérald Frydman écrit et réalise six autres courts métrages d'animation, dont 4 seront sélectionnés à Cannes dans la compétition officielle et il recevra une Palme d'or pour le Cheval de Fer en 1984.

50/50 - Agulana de Gérald Frydman

Didier Stiers : En 1976, Agulana reçoit le premier Prix du Jury du court-métrage à Cannes. Grande année, donc ?

Gérald Frydman : C’est aussi l’année de Taxi Driver ! J’avais croisé De Niro sur un trottoir, à Cannes. En Belgique, Agulana est passé en complément du film et a eu une excellente sortie. Ça avait été annoncé dans le journal : il y avait l’affiche de Taxi Driver et en-dessous, celle d’Agulana. C’est le producteur qui avait arrangé ça. Moi qui suis cinéphile, tout ça m’a touché, c’est le moins qu’on puisse dire (rires).

 

D.S. : Certains plans rappellent un peu la peinture surréaliste.

G.F. : Mes films sont surréalistes, malgré moi. Je conçois les histoires comme ça, je ne suis pas dans le réalisme, je suis dans le spectaculaire, mais avec un contenu moral et philosophique. Ce n'est pas gratuit, quoi ! Le film est intitulé d’après le nom du village espagnol, Agullana, dans lequel je travaillais avec le dessinateur qui, lui, vivait là. J’ai été très influencé par ce que j’y voyais : les forêts, les estaminets avec leurs tables et leurs chaises, où le bois prend le pouvoir. Ensuite, je me suis rendu compte que je faisais allusion à mon enfance : un régime totalitaire, la déportation de ma famille… Tout cela est revenu malgré moi. Et puis, la dernière armoire se trouve à l’emplacement exact de Perpignan, la ville favorite de Dali ! Ça, on l’a fait exprès !

 

D.S. : A votre avis, quel accueil recevrait aujourd’hui votre film ? 

G.F. : Oh, mais je le montre de temps en temps et ça plaît toujours. Je l'ai remontré en Espagne, lors du vernissage d’une exposition de Claude Lambert, le dessinateur du film. Ça a beaucoup plu au public espagnol. Ça n'a pas vieilli. C’est un film intemporel.

 

D.S. : Dans quelle mesure Agulana a-t-il « boosté » la suite de votre parcours ?

G.F. : Au départ, je faisais de la photo et je voulais faire de la fiction. Mais comme j'avais des amis qui étaient dans l'animation, finalement, je me suis mis à animer mes photos. Et puis ce sont devenus des dessins… J’avais aussi beaucoup de contacts avec les équipes de Belvision, où Claude Lambert était décorateur pour les longs-métrages. De fil en aiguille, je suis resté dans l'animation. Et je ne suis pas parvenu à tourner un long-métrage, même si j’ai eu un ou deux projets qui n’ont pas abouti à cause des producteurs. Longtemps après, j'ai réalisé une comédie qui s'intitule J'ai eu dur, avec Stéphane Steeman notamment. Comme il y avait des accents belges, ça a beaucoup plu à certains et beaucoup déplu à d'autres, pour lesquels j’avais commis une horreur. Ça n'a pas aidé pour la suite (rires).

 

D.S. : Quelle est votre actualité ? 

G.F. : Je travaille sur un projet de long-métrage d’animation d'après un scénario de long-métrage de fiction qui ne s'est pas fait à l'époque. Avec le producteur, nous attendons que le grand studio bruxellois avec lequel ça doit se faire soit disponible. Donc j’espère, et j’attends. Mais c’est un métier où il faut toujours beaucoup attendre. Quand on va commencer, ça prendra quatre ou cinq ans. C’est un travail de longue haleine.

 

Didier Stiers

 

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