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Noël au balcon de Martine Doyen

Publié le 01/04/2021 / Catégorie: Entrevue

En juin 2017,  la Fédération Wallonie-Bruxelles organisait l'Opération "50/50, Cinquante ans de cinéma belge, Cinquante ans de découvertes" qui mettait à l’honneur 50 films marquants de l’histoire du cinéma belge francophone. Ces films sont ressortis en salle pendant toute une année et de nombreux entretiens ont été réalisés avec leurs auteurs. Le site internet qui se consacrait à cette grande opération n'étant plus en activité, Cinergie.be a la joie de pouvoir aujourd'hui proposer et conserver tous ces entretiens passionnants où une grande partie de la mémoire du cinéma belge se donne à lire.

 

Martine Doyen est une cinéaste belge basée à Bruxelles. Depuis 1995, elle a écrit et réalisé 4 courts métrages de fiction primés dans des festivals internationaux tel que Clermont Ferrand et son premier long métrage Komma a été sélectionné à la Semaine de la Critique en 2006. Depuis, elle a réalisé et produit deux longs métrages de fiction expérimentale Tomorrow (2014) et Hamsters (2016) sélectionné à l'IFFR de Rotterdam en 2017. Elle a tourné Witz en avril 2017, son deuxième long métrage produit par Anthony Rey, avec Sandrine Blancke et Sam Louwyck dans les rôles principaux.

Noël au balcon de Martine Doyen

Didier Stiers: Noël au Balcon est sorti en 1997 : une réflexion, 20 ans plus tard ?

Martine Doyen : En tout cas, c'est un film que j'aime bien, et que j'ai ressenti comme assez « clé ». Il a été présenté dans un festival à New York, ce qui est assez exceptionnel. Je me souviens du jour de la projection : on avait mal évalué les distances, donc je suis arrivée un peu en retard, et quand je suis entrée dans la salle, les gens étaient morts de rire ! Je me suis dit que cet humour noir était peut-être encore mieux perçu par les Anglo-Saxons que dans mon propre pays. Peut-être aussi avait-il quelque chose de très familier pour les New-Yorkais, avec cette maison comme on en voit à Brooklyn, avec les escaliers sur le côté, les étages… Et le film y a finalement gagné le grand prix.

 

D.S. : Les courts-métrages sont-ils, pour vous, un tremplin vers le long ?

M.D. : Non ! Je pense que ça a un peu changé, si j’observe autour de moi : quand un réalisateur commence du long, ça ne l’empêche pas de revenir au court après, ou de collaborer avec d’autres. Mais à l’époque, c’est vrai, c’était un peu « le court carte de visite ». Pour moi, ça n’a pas du tout fonctionné comme ça, dans le sens où j'ai fait un film par an à partir du premier court et c’est le dernier qui m’a pris un peu plus de temps. Après Noël au Balcon, j'ai perdu pas mal de temps, parce que j'ai voulu faire un long qui ne s'est pas fait. Pâques au Tison est sorti en 2000 et puis j'ai fait Komma, mon premier long, en 2006. Donc voilà, ça ne m'a pas aidée, ce sont deux mondes totalement différents. Peut-être qu'aujourd'hui c'est plus connecté, mais moi, ça ne m'a pas permis de faire des films plus rapidement. C'est vrai que je n'étais pas totalement inconnue à la Commission de Sélection des Films avec mon projet de long, mais s’il faut faire des courts pour faire un long, j’ai des doutes… Jamais, jamais je n’ai conçu un film pour avoir une carte de visite ou pour en tourner un autre après, qui serait dans le même style. J'ai toujours voulu raconter une histoire à part entière avec le medium.

 

D.S. : Et créer un univers : celui de Noël au Balcon se trouve entre rêve et réalité.

M.D. : Je me suis un peu inspirée de mon histoire, avec la famille maternelle au rez-de-chaussée et la famille paternelle à l'étage, et passer de l’un à l’autre pendant les fêtes. C'est peut-être pour ça aussi que le film a été plus remarqué que les autres : les gens ont senti quelque chose d'ancré.

 

D.S. : Sans les aides, tout cela vous aurait-il pris plus de temps ? Komma est sorti en 2006 et vous venez d’achever le tournage de Witz, votre second long-métrage, avec Sandrine Blancke et Sam Louwyck…

M.D. : Sans elles, je pense que je n'y serais jamais arrivée. J’ai eu quelques pépins, comme tout le monde, avec des projets qui ne sont pas passés, mais jusqu'à présent, ils me soutiennent quand même. Alors oui, parfois, il y a un scénario qui ne passe pas et quand ça ne fonctionne pas, il faut apprendre à rebondir assez rapidement. Depuis 2006, j’ai aussi tourné deux films expérimentaux, dont Hamsters qui sort en juin à Flagey…

 

Didier Stiers 

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