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Fantine Harduin et Thomas Gioria au sujet d’Adoration de Fabrice du Welz

Publié le 16/10/2019 par Katia Bayer / Catégorie: Entrevue

Tout juste lauréats du double prix d’interprétation au FIFF pour Adoration, le dernier long-métrage de Fabrice du Welz dans lequel ils campent Gloria et Paul, un couple adolescent en proie à la fuite, Fantine Harduin (vue dans Amin de Philippe Faucon, Happy end de Michael Haneke ou Les Amoureuses de Catherine Cosme) et Thomas Gioria (phénoménal dans Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, son seul film) reviennent pour Cinergie sur leurs débuts, leurs choix, leur travail sur Adoration et leur vision du métier de comédien. Avec naturel, générosité, humour, simplicité, complicité et maturité.

Cinergie : Comment vous-êtes vous retrouvés à jouer ? Qu’est-ce que vous y avez trouvé comme émotions ?
Fantine Harduin : Moi, le cinéma, je l’ai commencé très jeune. Je n’avais pas du tout cette idée de l’acting et c’est vraiment arrivé par hasard. J’ai fait une émission télévisée avec mon père (Belgium’s Got Talent) et les gens m’ont fait de très bons retours. Ils m’ont dit que je devais peut-être essayer de faire du cinéma donc j’ai fait un casting pour un court-métrage et j’ai été prise. J’ai vraiment adoré tourner, l’ambiance du cinéma, etc., tout en fait, et j’ai voulu continuer. J’ai donc continué et maintenant, je suis ici.

 

C. : Qu’est-ce qui t’a plu précisément ?
F.H. : Ce qui m’a surtout plu et qui me plaît encore, c’est l’ambiance du cinéma. On est comme une grande famille pendant quelques mois et c’est vraiment super cool. Jouer, c’est quelque chose que j’adore et qui me passionne aussi.

 

C. : Et toi, Thomas ?
T.G. : Moi, ça a commencé il n’y a pas si longtemps que ça en fait. Je devais avoir 10 ans. J’ai commencé en faisant du théâtre juste au fond de mon jardin. Mon voisin avait une troupe de théâtre, et moi, je ne voulais pas en faire parce que j’étais trop timide, mais mes frères en faisaient et j’assistais quand même à toutes leurs représentations. J’avais vraiment envie de jouer, au bout d’un moment, je me suis dit : “C’est bon, Thomas, surmonte ta peur, vas-y !”. D’un coup, j’ai décidé d’en faire et j’ai adoré jouer. On a commencé à me parler de casting. Quand j’ai entendu ce conseil, je me suis dit : “Pourquoi ne pas essayer ?” J’ai fait mon premier casting et c’est vrai qu’être devant une caméra, ça m’a vraiment plu, j’aimais vraiment faire ça ! La directrice de casting de mon premier casting a appelé celle de Jusqu’à la garde et c’est comme ça que je me suis retrouvé sur le film, mon premier film. Dès la première scène, dès les premières minutes, j’ai tout de suite adoré. J’oubliais qu’une caméra me filmait ou qu’un micro m’écoutait.

 

C. : Dans vos précédents films, vous avez été souvent en compagnie d’adultes, vous jouiez les enfants. Dans Adoration, il n’y a quasiment pas d’adultes. Pour vous, est-ce qu’il y a une différence entre travailler avec des comédiens adultes et enfants ? Et est-ce plus instinctif entre vous ?
T.G. : En fait, ça dépend de notre rôle dans le film. Si comme dans Adoration, on tombe fou amoureux, on se prépare, ça se fait sur le plateau. Après, on n’est pas amoureux dans la vraie vie ! Sur le plateau, quand on a des très bons acteurs en face, ça t’aide à entrer dans la scène, à être le plus naturel et à jouer ton rôle au maximum. Après, le métier d’acteur, je ne sais pas, qu’on soit adulte ou enfant, on doit sûrement chercher comment bien jouer.

 

C. : Toi, tu apparentes ça déjà à un métier ?
T.G. : J’espère que plus tard ça va être mon métier. Je n’ai fait que deux films pour le moment, mais je l’espère.
F.H. : Moi, j’ai déjà joué avec des enfants dans La bande de Fanny (de Lola Doillon). Tout dépend de l’âge qu’on a quand on joue dans ce film, c’est ça qui va différencier la relation qu’on va avoir avec les autres acteurs et l’équipe.
À nos âges, on peut être amis aussi bien avec les enfants qu’avec les adultes. On peut avoir une bonne entente avec tout le monde. Par contre, quand on est plus jeune, c’est vrai qu’on sera plus à l’aise avec des enfants qu’avec des adultes. Et quand on est plus jeune, on apprend aussi plus facilement des adultes. Ils ont plus d’expérience donc ils peuvent aussi t’apprendre beaucoup plus de choses.

 

C. : Ils vous donnent des conseils, les adultes ?
F.H. : Oui, moi, j’ai reçu des conseils de personnes qui sont dans le cinéma depuis longtemps, ils ont déjà expérimenté plusieurs choses et ont déjà trouvé des solutions à des problèmes, des choses comme ça, ils peuvent nous transmettre ça et c’est plus facile après.
T.G. : Moi, celui qui m’a le plus appris, c’est Denis Ménochet dans Jusqu’à la garde. Il me donnait des conseils tout le temps pendant le tournage, même avant et après, ça a été comme un père pour moi. Je ne sais pas, c’est un génie ! Il sait déjà tout et voilà, il m’a tout appris.

 

C. : Dans Adoration, vos rôles ne sont pas faciles. Qu’est-ce qui vous a incité à accepter ce projet ? Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le scénario de Fabrice, dans sa personnalité ?
T.G. : Nous, ce qu’on veut, c’est quelque chose de difficile. Moi, personnellement, je veux aller encore plus loin en trouvant des choses plus difficiles et même des rôles que je n’ai pas fait auparavant. C’est bien de changer de registre souvent et de ne pas être toujours dans le même truc. Après, ce qui m’a intéressé dans le scénario de Fabrice, c’est que c’est bien écrit, c’est différent de ce que j’ai fait, ça se voyait qu’il y avait du talent et à la fin, j’ai pleuré en lisant son scénario. Moi, je veux de l’émotion en lisant un scénario. Ce que je veux le plus, c’est ressentir des choses et là, c’est ce qui s’est passé.
F.H. : C’est intéressant de ne pas tomber dans la facilité, de chercher des rôles de plus en plus complexes pour se donner des challenges. J’ai directement accroché au scénario. Je ne connaissais pas le travail de Fabrice parce que j’étais très jeune et que ses films ne sont pas vraiment des films de mon âge, mais j’ai directement accroché au scénario, j’ai versé ma petite larme aussi (rires!) et puis, Fabrice m’a directement mise à l’aise. Je pense que c’était la même chose pour Thomas. Il nous a vraiment bien dirigés et c’est vraiment un très bon réalisateur.

 

C. : Qu’est-ce qui selon vous fait un bon scénario ?
T.G. : Moi, j’essaye de trouver de l’originalité. Des films comme ceux de Fabrice, on n’en trouve pas beaucoup. Une fille complètement malade et un garçon innocent, c’est rare. Pareil pour le film de Xavier (Legrand) : on n’a pas assez parlé des femmes victimes de violence conjugale. Voilà, du coup, pour moi, ce qui compte, c’est des émotions, que ce soit bien écrit, mais aussi le travail du réalisateur. J’ai vu Alléluia avant le tournage pour me faire une idée de ce qu’il faisait.
F.H. : Je pense à peu près la même chose mais je vais ajouter que pour moi, en tout cas, je regarde aussi si le rôle peut m’apporter quelque chose. Si c’est juste le rôle d’une adolescente qui n’a pas forcément quelque chose de particulier, c’est moins intéressant.

 

C. : Le tournage d’Adoration a eu lieu il y a un an. Qu’est-ce que vos rôles vous ont apporté ?
F.H. : Moi, je pense que ça m’a apporté de la maturité d’avoir joué un rôle plutôt complexe et d’avoir tourné avec Fabrice car il nous dirigeait vraiment comme des adultes, il ne nous prenait pas pour des enfants. C’est souvent ça le problème dans les autres films, on nous prend pour des enfants et on nous parle comme à des enfants, et lui, il nous parlait comme à des adultes. Quand quelqu’un te considère comme un adulte, tu commences à gagner en maturité.
T.G. : Moi, je suis entièrement d’accord avec ce qu’elle dit. On a pu aussi improviser. Fabrice n’aimait pas qu’on récite le texte. Il voulait qu’on lise une fois le texte, qu’on ait une idée de la scène et qu’après, on la joue à notre manière comme nous, on le voulait.

 

C. : Fantine, comment as-tu fait pour composer ton personnage ? Régulièrement, dans le film, tu pètes les plombs. Comment as-tu appris à jouer cet état ? Comment as-tu été dirigée pour ça aussi ?
F.H. : Fabrice,m’a vraiment très bien dirigée et j’ai eu un an pour me préparer. Il m’a envoyé beaucoup de films que je devais regarder pour m’inspirer. Il m’a dit de lire des choses, m’a envoyé des vidéos donc j’ai pu m’inspirer de ce qu’il voulait, et moi, j’ai ajouté ma touche personnelle : ce qui a fait que ça a donné cette Gloria-là. Fabrice nous parlait pendant les prises, il nous dirigeait vraiment pendant qu’on jouait. Il pouvait me diriger pour que je fasse telle ou telle chose, nous dire directement ce qu’il voulait, comment il voyait la scène et le personnage.

 

C. : Vous êtes très jeunes. Vous avez parlé de métier, de scénarios, de rencontres. Là, par exemple, il y a Charlotte Gainsbourg derrière vous en train d’être interviewée. Comment arrivez-vous à maintenir votre vie (l’école, le quotidien, …) et à vous préserver ?
F.H. : Pour l’instant, moi, je veux continuer l’école jusqu’au bout et même faire des études supérieures pour un métier que j’aimerais bien faire, à part être actrice, parce que le cinéma, c’est quelque chose d’incertain. En fait, une actrice peut être hyper connue et puis, d’un coup ne plus rien faire…

 

C. : Tu t’en rends compte à ton âge ?
F.H. : Mais oui, bien sûr. Je trouve ça important de s’en rendre compte parce que si jamais, je me ferme en disant : “Je veux être actrice et rien d’autre” et que ça ne marche plus pour moi, je n’aurai plus rien. Moi, je veux continuer et faire des études pour un métier que j’aime, comme ça, je ne vais pas faire quelque chose que je n’aime pas si je n’arrive pas à faire actrice. Après, j’aimerais vraiment faire actrice évidemment.

 

C. : Tu as déjà une idée de ce que tu aurais envie de faire ?
F.H. : J’aimerais bien être avocate. C’est un peu du jeu aussi…

 

C. : Et toi, Thomas, tu t’en rends compte aussi ?
T.G. : Moi, ce qui est bien, c’est que je vis une vie normale. Je sais que ce qui m’arrive à côté, c’est spécial. Mais sinon, j’habite dans une toute petite ville que presque personne ne connaît, je vais au lycée tous les matins comme tout le monde. Mes potes me parlent comme ça du cinéma pour me féliciter, mais sinon, on ne parle pas de ça, on me laisse tranquille, je vis une vie de lycéen qui habite dans une petite ville et voilà. Et sinon, je suis entièrement d’accord avec ce que dit Fantine. C’est pour ça que moi, je veux continuer mes études au maximum pour avoir une roue de secours à côté du cinéma si ça ne marche pas.

 

C. : Toi, ta roue de secours, le métier potentiel, ce serait quoi ?
T.G. : Ouh là, ma roue de secours ! Pour être honnête, si je ne devais pas être acteur, je serais… chanteur (rires) ! J’aime bien chanter, je vous dis ça mais je n’ai pas vraiment réfléchi. Mais en tout cas, j’aime bien chanter, même si je n’ai pas dit que je savais chanter !

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