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Rencontre avec Sarah Pialeprat, directrice du BAFF - Brussels Art Film Festival, du 14 au 17/11

Publié le 14/11/2019 par David Hainaut et Constance Pasquier / Catégorie: Entrevue

« Les films sur l'art concernent absolument tout le monde ! »

 

De Liège (4e Festival de Comédie) à Virton (40e Festival du Film Européen), en passant par Bruxelles (20e Festival d'Attac, 19e Festival Méditerranéen, 18e Pink Screen, 13e Filem'On, 8e Peliculatina, 7e festival du film coréen, 5e FIFB...), Louvain (25e Festival du Court) ou encore Namur (5e Festival EOP), ce mois de novembre reste en Belgique l'un des plus denses en matière d'événements cinématographiques.

 

Dans cette richesse, le BAFF soit le Brussels Art Film Festival, 19e du nom et compétitif depuis six ans, se fait lui aussi une place dans la capitale. En atteste le nombre croissant de films qu'il reçoit et ses partenariats, issus des deux côtés du pays.

 

Une fois n'est pas coutume, l'espace d'une heure et en faisant abstraction de sa collaboration pour Cinergie depuis 2005, nous sommes allés à la rencontre de celle qui en assure la direction artistique, Sarah Pialeprat, en parallèle à sa direction du Centre du Film sur l'Art.

Cinergie : Concrètement, à quelques jours de cette 19e édition, de quoi est fait votre quotidien ?
Sarah Pialeprat : Comme on se rapproche de la date fatidique, il y a forcément un peu de stress, car un festival, cest un vaste projet qu'on prépare pendant des mois. C'est un moment de fête, mais qui reste tendu ! Donc là, par exemple, après le bouclage de la programmation, des visuels et de la brochure, on travaille sur la communication, en essayant de faire connaître le festival un maximum. Les affiches sont enfin sur les murs de la ville. Bref, c'est maintenant que les choses bougent !

 

C: Vous semblez sous-entendre que votre événement gagnerait à être plus connu, encore ?
S.P. : Je pense, oui. C'est un festival qui a son public, composé de gens fidèles, d'énormément d'étudiants d'écoles d'art et de cinéma, ainsi que d'habitués des trois lieux où se déroule le festival, soit la Cinematek (surtout), Bozar et l'Institut supérieur pour l'étude du langage plastique (l'ISELP). Mais je pense que le spectre pourrait encore s'élargir, car contrairement à une idée injustement répandue, l'art n'est pas quelque chose de bourgeois ou d'élitiste ! Il est très accessible et concerne chacun d'entre nous. Songeons que tous les enfants dessinent, peignent, dansent, bref… s'expriment par une forme d'art. Cela prouve que l’expression, la création concerne tout le monde ! La plupart d’entre eux cessent totalement en grandissant, et quelques rares personnes gardent ça, ils deviennent artistes…

Sarah Pialeprat

 

C: Mais le nombre chaque année plus important de films que vous recevez est une chose très positive, non ?
S.P. : C'est vrai qu'on en reçoit chaque année davantage. Cette année, nous avons reçu 93 documentaires sur l’art en lien avec la Belgique, tant néerlandophones que francophones, pour n'en garder que 13 au final. Preuve qu'on a en Belgique une production importante de documentaires sur l'art. Quelque part, c'est logique, car même si cela ne se sait pas toujours ici, les films belges sur l'art raflent tous les prix dans le monde, et nos films sont analysés et critiqués par les spécialistes de cinéma ! Puis, cela reste toujours un genre abordé par de nombreux jeunes cinéastes dans nos écoles. On peut ajouter que les aides financières proposées chez nous – entre autres via les ateliers -, permettent de constituer ce beau vivier. C’est aussi pour cela que l’on a deux catégories pour notre compétition : la catégorie “prix découverte” qui récompense les jeunes cinéastes et la catégorie “prix du film sur l’art” pour les cinéastes plus confirmés.

 

C: Dans ce panel belge, qu'est-ce qui ressortirait ?
S.P. : On a des films d'absolument tous les styles. Et le comité de sélection les visionne tous jusqu'au bout ! (sourire). Cela peut aller de films sur la musique classique ou rock à de la danse hip-hop ou moderne, en passant par d'autres sur l'architecture, la peinture, la sculpture... la création en général ! Mais on ne focalise pas sur un thème : on sélectionne les films qu'on aime et qu'on a très envie de défendre.

 

C: Parmi tous les films montrés, peut-on parler d'un fil conducteur ?
S.P. : On en a aucun ! On reste extrêmement libres à ce niveau. Mais on se rend quand même compte qu'au niveau du panorama international (qui n’est pas compétitif), des pistes se dessinent, probablement liées à l'air du temps. Cette année, on remarque qu'on a à faire à des films sur des personnalités très fortes, investies et radicales, avec un extrémisme du geste assez fascinant : je pense à deux femmes extraordinaires aux positions politiques affirmées, comme Letizia Battaglia (Shooting The Mafia) et Maguy Marin (L'urgence d'agir). La première, une femme au foyer sicilienne devenue photographe du jour au lendemain, s'est mise, malgré le danger, à prendre en photo la mafia. Quant à la deuxième, une chorégraphe française, elle a inventé une nouvelle danse en mettant en scène des corps normaux et non pas athlétiques. Et puis, on pourrait épingler Basquiat, un adolescent à New York, avec la scène underground new-yorkaise en toile de fond ou Unstoppable : Sean Scully and the art of everything, un étonnant peintre britannique qui pratique aussi les arts martiaux. Les 10 films du panorama international ont été choisis parmi plus de 300 films visionnés, on peut dire que c'est la crème de la crème qu'on pourra voir cette année ! Le fil conducteur c’est donc… des bons films !

 

C: D'autres choses à épingler, encore ?
S.P. : Les gens sont logiquement attirés par des noms connus. On sait très bien qu'on n'a aucun mal à remplir une salle quand on met des films sur Anne Teresa De Keersmaeker (Mitten) ou sur des artistes comme Basquiat, Yves Saint-Laurent (qui fera la clôture) ou Christo (Christo – Walking on water), qui fait l'ouverture. Mais même si ces films-là sont très bons, des artistes inconnus méritent au moins, et même plus d’attention. Je pense à un film comme Altérations, sur Ko Murobushi, un danseur de butô, une danse japonaise. En fait, l'idéal est de venir découvrir chaque film en toute confiance car chacun d'entre eux est merveilleux. Je songe à Up The Mountain, tourné en Chine dans des paysages extraordinaires. C'est aussi beau qu'intéressant, et l'affiche de cette année a été empruntée à ce film. Je pourrais encore mentionner les séances pour enfants et le samedi dédiés à des courts-métrages sur le handicap mental, en collaboration avec Zorobabel et le Creahm, ou de l'atelier céramique le dimanche...

 

C. : Quant au jury, il se compose donc chaque année de trois personnalités ?
S.P. : Oui, à côté du jury jeunes (le Young), le jury de professionnels est en effet toujours constitué de trois membres. On a une personne qui a une fonction dans une institution artistique (Laurence Rassel, qui dirige l'ERG, l'Ecole de recherche graphique de Bruxelles), un artiste, en l'occurrence le plasticien Emilio Lopez-Menchero, originaire d'Espagne et qui travaille à Bruxelles, et un cinéaste étranger, le Français Christophe Loizillon.

 

C. : À votre avis, que pourriez-vous encore faire évoluer, dans ce festival ?
S.P. : Si on peut maintenir notre niveau actuel, ce serait déjà bien. On sait qu'on ne sera jamais un festival qui accueillera des dizaines de milliers de personnes, car il n'y a que quatre soirées et les salles ne nous le permettraient pas, mais le format nous convient, avec des partenariats très solides, tant au nord qu'au sud du pays. Nous sommes une petite équipe et on montre une cinquantaine de films, qu'on introduit et qu'on présente systématiquement. C'est donc un festival à taille humaine, qui permet d'être exhaustif et d'être en contact direct et permanent avec le public. Encore une fois, l'art parle à tous. Ce n'est pas pour rien que depuis l'an dernier au Canada, les médecins peuvent faire des ordonnancesmuséales, c’est à dire de prescrire des visites culturelles gratuites aux patients car on s'est rendu compte que l'art fait du bien physiquement aux gens, exactement comme le sport. Et c’est prouvé, ça marche ! L’art soigne et guérit l'anxiété, le stress, le burn-out. Du coup, on a décidé d’offrir des pass gratuits aux gens en arrêt de travail. On s'engage aussi à faire venir des gens pour cette raison.

Pour en savoir plus --> http://www.baffestival.be/

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