L'homme qui filmait les femmes
L'amateur est un monsieur d'apparence normale dont le seul plaisir consiste à filmer nues, dans son appartement, des femmes abordées dans la rue. Les choses en restent là, car la passion de cet homme tient plus de la collection que du fantasme sexuel.
Pour Olivier Smolders dont c'est le huitième film, cet argument minimal était prétexte à refaire une série de portraits de femmes (un motif qu'il avait déjà traité mais sur lequel il souhaitait revenir), étant entendu qu'il ne s'agissait pas de présenter une galerie flatteuse de jeunes femmes plus ravissantes les unes que les autres, mais d'aller de la jeune fille à la femme…
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Bonne fête, Paulette !
Caroline Rottier reçoit des mains d'Anne Moralis les dernières retouches d'un maquillage particulièrement complexe. Les cheveux attachés sous une perruque à l'anglaise, le visage pâle, aux lèvres foncées et aux yeux très maquillés que souligne de faux cils à la Garbo période muette, elle se fait ajuster une longue robe conçue par la costumière Isabelle Lhoas. Un miroir Art déco lui renvoie l'image d'une beauté des années folles faite à croquer. C'est qu'elle interprète Madame Zebrinska, une artiste russe dont l'univers féérique fascine Paulette, la jeune héroïne de Noël…
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Bijou d'amour
La caméra glisse sur le rail du travelling, cadre Fanny (Sandrine Bonjean) et Greta (Babette Jouret), la joaillière qui sort une bague de la vitrine et la présente à sa cliente.La caméra s'élève et recadre en plongée le sol sur lequel se dessine, à droite de l'image, l'ombre portée du sigle de la bijouterie.Et voici que, par un artifice d'éclairage, le reflet se déplace vers la gauche pour évoquer la courbe du soleil et le temps qui passe. Sans interruption, la caméra redescend cadrer Fanny et Boris (John Dobrynine) qui entrent quelques heures plus tard dans la bijouterie. C'est un raccord-temps subtil qui n'est pas sans évoquer celui de…
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Petits arrangements avec la vie
Thomas et Anne n'ont pas le même regard sur le passé. Frère et soeur , ils ne se sont pas vus depuis longtemps. L'enterrement du père leur offre l'occasion de régler son compte à une enfance pleine de malentendus, de noeuds affectifs pour l'un, de torrents d'amour pour l'autre. Anna embellit ses souvenirs (" Papa m'aimait "), Thomas les enlaidit (" Papa ne m'aimait pas ").Dans l'obscurité de la salle de montage de l'AJC, sur l'écran de la Steenbeeck (les Moviola actuelles), l'image des marches d'un escalier, " un plan bressonien ", me souffle ironiquement Ursula Meier, jeune réalisatrice, sortie il…
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En Belgique, en France, en Suisse et en Italie, Luc Pien a tourné son premier film La Sicilia, une comédie picaresque racontant le retour au pays natal d'un mineur à la retraite. Le jour de notre rencontre, il est à terminer la postsynchronisation.
Sur l'écran du studio, Luigi (Grégoire Baldari, une incontestable présence) retrouve la mamma sur le parvis de l'église où l'on marie sa filleule. En ombre chinoise, Carmela Locantore double la mère pour quelques répliques, un travail de haute précision : gommant ici, accentuant là, elle fournit à la demande des nuances infinitésimales.
Après dix-huit ans de travail dans les mines du Limbourg, Luigi Bertone…
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Enfin, l'amour ?
C'est une histoire embrouillée mais compréhensible, plus complexe que compliquée. Elle ressemble à s'y méprendre à celle du cinéma belge, faite de coups de coeur qui sont parfois des coups de génie (C'est arrivé près de chez vous), parfois des coups de gueule (Camping cosmos), mais qui ne survit que par la passion qui anime ceux qui le font.
Joël Delsaut et Thierry Barbier se rencontrent naguère à l'INSAS. Ils y séjournent quatre à cinq mois, le temps de s'inadapter et de se tirer avec le virus du cinéma. J.D. écrit Mémoire d'après, un scénario de long métrage qu'il retouche et améliore…
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Le péché capiteux
Peintre, sculpteur, réalisateur d'une dizaine de courts métrages en super-8 et d'une dizaine de films en vidéo, en 16mm et en 35mm, Manuel Gomez est un boulimique de la création visuelle.
Un tableau de Jerôme Bosch, Les sept péchés capitaux, lui a inspiré l'idée de sept courtes histoires vécues par un architecte baptisé Peccato qui accomplit avec une bonne volonté confondante une sorte de parcours du combattant du pécheur (la colère, l'orgueil, la luxure, la paresse, la gourmandise, l'avarice, l'envie). Les sept courts métrages mélangeront animation et prises de vues réelles.
Natif du Hainaut, Manuel Gomez a…
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Retour au Chiapas
Lorsqu'il termine Chroniques d'un village totzil en 1991, Thierry Zéno ne peut imaginer que, trois ans plus tard, les Indiens entreront en rébellion armée et prendront par la force quatre villes du Chiapas. "En tournant à San Pedro Chenalhó, j'avais été confronté à une situation potentiellement explosive. Mais, comme tout le monde au Mexique et à l'étranger, la rébellion zapatiste m'a surpris par son ampleur et aussi par sa réussite : alors qu'on aurait pu imaginer une répression immédiate du soulèvement comme ce fut le cas au Guatemala, l'organisation de la rébellion et le soutien populaire qu'elle a reçu…
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Il faut toujours prendre la parole
Une démarche et une volonté exemplaires d'un type de création en Belgique : le tournage de La Vie sexuelle des Belges par Jan Bucquoy.Scénariste de bandes dessinées, peintre, créateur du Musée du slip, puis du Musée de la femme, auteur et metteur en scène de la pièce de théâtre La véritable Histoire de la Femme Nue, Jan Bucquoy s'était surtout fait connaître par son côté provocateur et iconoclaste, entre autres par des actions d'éclats telle que la décapitation d'un buste du roi ou la crémation d'un tableau de Magritte. Le tournage du premier volet de sa trilogie La Vie Sexuelle des Belges nous…
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Les Traces du rêve
Sept ans après Australia, Jean-Jacques Andrien met la dernière main au Silence d'Alexandre, un long métrage de fiction à cheval sur deux territoires et deux cultures. Le film, qui raconte la rencontre d'un anthropologue belge et d'un aborigène, sera tourné à Verviers, où prend place l'enfance du personnage, et, pour l'essentiel, dans le désert australien. Les prises de vues devraient débuter cet hiver.
C'est pendant les repérages d'Australia qu'Andrien a découvert la riche culture des Aborigènes, à l'intersection du mythe, du rêve et de la géographie. Ce que l'Aborigène nomme " rêve "…
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L'amour est aveugleUn magasin de fripes branché de la rue Antoine Dansaert. Derrière la vitrine, la caméra de Tatiana de Perlinghi ne perd rien des agissements de Palmyra, ravissante elfe sexy aux cheveux auburn tout de rose vêtue.
Eblouie par les jambes d'un pantalon masculin, celle-ci sort un Instamatic de son sac et clic-clac ! le flash en fait une image. Contre-champ : Palmyra, de dos, refait clic-clac ("Hé le photographe ! Attention aux réverbérations de la vitrine, t'es dans le champ !"), raccord, notre héroïne fait claquer ses hauts talons sur le trottoir face à la caméra qui la suit en travelling latéral, puis elle traverse en ignorant superbement une auto dont les freins hurlent de…
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