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Deux à Deux
"Le fantastique est pour moi l'opposé de l'arbitraire : une voie pour rejoindre l'universel de la représentation mythique." Italo Calvino, Ermite à Paris.
XL
Yves Cantraine est un cinéaste rare et un personnage singulier.Réalisateur de cinq films trop peu connus à notre goût. Enseignant de cinéma, animateur d'un atelier d'écriture cinématographique et lecteur de Flaubert, Lacan, Deleuze et Rifkin (1), Yves Cantraine a tout pour nous plaire. C'est donc avec curiosité que nous nous rendons sur le plateau où il tourne le premier plan de son nouveau court métrage, au coeur d'Ixelles. Des nuages d'orage s'amassent à l'horizon.…
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La vie est ailleurs
Le temps humain ne tourne pas en cercle mais avance en ligne droite, c'est pourquoi l'homme ne peut être heureux puisque le bonheur est le désir de répétition.
Milan Kundera. L'Insoutenable légèreté de l'être.
Présents bien qu'exilés
On pourrait dire d'Eva Houdova qu'elle ressemble au personnage de l'un des romans de Milan Kundera. On pourrait dire qu'elle a l'allure tendre, déterminée et ironique de Sabina dans L' Insoutenable légéreté de l'être, un roman sur les variations - au sens musical du terme - de l'exil. On pourrait dire que le premier contact professionnel d'Eva avec le cinéma…
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Œdipe énergumène
Fermez l'œil et le bon. Imaginez un ciel gris plombé, pluvieux. Un crachin incessant. Le froid humide et cinglant du vent âpre de l'automne, son souffle. Un glissando pulsé comme un slap de Scott LaFaro, à la contrebasse pour faire rebondir le chorus entamé par Bill Evans dans Solar, feutré, exempt de tout vibrato. Avec une régularité de tempo coïncidant avec l'apparition d'un soleil hivernal qui donne de la lumière mais ne réchauffe personne. Ou si peu qu'il est inutile d'en parler. La sonorité du vent se fait plus ronde. Avec des silences pulsés comme les reprises légères des balais entre les doigts de Paul Motian aux…
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Ils ont des vestes en toile imperméabilisées un peu destroy qu'ils ne quittent jamais même sur le plateau de Deuxième génération, lorsqu'ils examinent avec attention, sur la vidéo de contrôle, les plans souvent chahutés (pour être au plus près des personnages) que Michel Baudour cadre Bétacam à la main. Celle de Mourad est bleu foncé et celle de Taylan, kaki à capuche.
On arrive difficilement à les déscotcher d'une équipe qu'ils couvent et qui, pendant que nous nous entretenons avec eux, mange de la soupe et des sandwiches, en toute simplicité, dans un local désaffecté de l'hopital d'Ixelles. Campé…
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Il y a les gens pressés. Les gens lents. Les gens prudents. Les gens imprudents. Les gens distraits. Les gens curieux. Les touristes et les indigènes. L'homo faber, l'homo sapiens. Le timide et la coquette. Le parfumé à l'Aqua di gio d'Armani. La parfumée Obsession de Calvin Klein. Ceux qui ont des Ray-ban et ceux qui ont des sac ados en toile, griffé Eastpack. Celles qui ont des pantalons ultra-moulants Cargo et celles qui sont montées sur des buffalos de trois centimètres. Il y a les autres, les artisans du cinéma belge qui tournent un film Place Saint-Alix à Woluwé Saint-Pierre.
Je ne l'ai pas lu, je ne l'ai pas vu, j'en ai entendu causer. On peut le dire comme ça, en…
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Koksijde
L'âme erre ? Oups ! La maire ? hum ! La mère ? Mmmm ! L'amer ? Hips !Lame R ? Ouah ! La mère ? Oouuii ! Gagné ! Nous sommes à Coxyde, à la mer du nord, avec un vent glacial et une alternance de nuées et d'éclaircies qui font grimper la consommation de Kleenex. Sept ados encadrés par deux monos sont assis, en rang d'oignons, sur la rambarde qui longe la digue, dos à la mer. Ils sont déprimés parce que les ados n'arrivent pas à décrocher le moindre petit boulot qui puisse servir à payer leur stage de char à voile. Pas de thune, gros problèmes.
En face d'eux, un travelling sur lequel glisse une dolly Panther portant une Arriflex SR3 avec…
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12 septembre, Forest
VVVvrrrriiiii. Qu'est-c'est-k'ça ? Bang ! Le crash. Une épaisse fumée enveloppe deux véhicules. Cling-clang. Une portière. Un mec furibard sort de sa bagnole. Une furie. "Alors ? !". Un dingue, (petit, un peu rond, binoclard, les cheveux en bataille), courant, non, virevoltant, speedé à la vitesse pure, genre Michael Schumacher du mollet, tandis que la conductrice choquée, pas ici, ailleurs, s'extrait de son véhicule bleu navy.
Au ralenti. Hébétée, un peu triste, l'âme vagabonde, genre fêlée nostalgique. " Vous êtes folle ou quoi ? Vous venez de la gauche et en plus"-il plisse les yeux ébahi et murmure : "Tu es Mireille, on a été…
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Costume sombre, chemise sombre, cravate sombre, Nike aux lacets défaits, Victor (Stéphane Guerin-Tillie) appuyé contre la portière du break, affiche un air soumis : "Tu vois, ça aussi, c'est la base du métier ". L'envol soudain d'un pigeon dans un fracas d'ailes battantes fait grimacer Olivier Hespel, l'ingénieur du son. " Et Marchand le sait très bien " rétorque Francis en sortant du champ de la caméra." Coupez ! On va faire un pick-up à partir de " Marchand le sait très bien, c'est pour ça qu'on y va tout de suite". dit d'une voix posée Jean-Paul Lielienfeld, le réalisateur, pantalon cargo clair et polo noir. Le soleil est filtré par un large… Lire l'article
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L'Heure du leurre
Conversation
Soit Les Ménines de Velasquez (1656). Une sorte de chronique de la vie de cour au centre de laquelle figure l'Infante d'Espagne et, dans le tableau, à droite, Velasquez regardant non pas son modèle (l'infante) mais le spectateur. Ce tableau a inspiré à Michel Foucault un chapitre des Mots et les Choses devenu célèbre. Il y analyse la captation du regard du spectateur par le peintre, son entrée dans le cadre de l'image.
Le peintre
"Au moment où ils placent le spectateur dans le champ de leur regard, les yeux du peintre le saisissent, le contraignent à entrer dans le tableau, lui assignent un lieu à la fois privilégié et obligatoire, prélèvent…
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L'Offrande musicale
Je suis aujourd'hui convaincu que c'est l'insécurité qui rend l'art intéressant. – Paul Van Nevel
Après Philippe Herreweghe, et le verbe s'est fait chant, un documentaire passionnant et passionné consacré à l'un des pionniers du renouveau de la musique baroque, Sandrine Willems s'attaque à l'une des "stars" du renouveau de la polyphonie de la Renaissance : Paul Van Nevel himself.La polyphonie qui utilise quatre voix (superius, altus, ténor, bassus) a été considérée, de Josquin des Prés à Palestrina, comme l'ars perfecta. " Cet "art parfait", explique René Jacobs, était celui des…
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Manuel Dang, le réalisateur de Baroud, tee-shirt gris clair et jeans couleur charbon prend une cigarette dans son paquet, l'allume et observe, avec attention, une séquence que l'écran de contrôle déroule sous ses yeux. A ses côtés, Michelle Maquet, chef-monteuse, que nous avons déjà eu l'occasion de rencontrer plusieurs fois écarte de son front une mèche de cheveux de la main gauche tandis que de la main droite elle clique sur le clavier de commande de son ordinateur. Le second écran se couvre d'icônes de la taille d'un timbre-poste comme autant de plans d'ouverture des séquences du film. Ils travaillent dans la salle de montage surchauffée du CBA. Baroud, premier… Lire l'article
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Les caprices de Marianne
Nous sommes à Laeken, à une portée de flèche de l'Atomium, rue Gustave Gilson, dans un appartement transformé en studio. Toutes les fenêtres ont été occultées pour permettre aux mandarines et boîtes à lumière d'éclairer la scène à huis clos qui se déroule sous nos yeux. Il fait une chaleur étouffante, tout le monde transpire, les tee-shirts mouillés ressemblent à celui de Steve Mac Queen dans les Sept mercenaires de John Sturges. Seuls Marianne (Chantal Descampagne) et Jules (Marcel Dossogne), le couple attablé, que filme l'équipe avec une caméra Aaton S16, semblent imperturbables et frais sous…
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Sauve qui peut la vie
" Il est difficile d'admettre, impensable de déclarer que la présence d'une multitude d'humains devient précaire, non du fait que la mort devient inéluctable, mais du fait, que de leur vivant, leur présence ne correspond plus aux logiques régnantes, puisqu'elle ne rapporte plus, mais se révèle au contraire coûteuse, trop coûteuse ", écrivait il y a trois ans Viviane Forrester dans l'Horreur économique. Depuis lors, une régulation de l'économie mondiale ne s'est pas substituée à la dérégulation des économies nationales mais l'humain continue à manifester sa présence, résiste,…
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The Best years of our lives
Nous sommes à Grenay, près de Lens, dans la région Nord Pas de Calais. Aux frontières d'une cité ouvrière, un terrain vague sur lequel la déco du film a installé une sorte d'arrêt de bus. Quatre hommes dans le préau d'un bâtiment désaffecté, sous un ciel de printemps qu'une pluie battante réglée par la déco obscurcit quelque peu, se font des vannes. La sonnerie d'un portable interrompt les conversations. Sergent (Etienne Chicot) décroche : " Ah!, Bonjour ma bichette...quoi ? ". Coup de klaxon. La camionnette de Demanet (Benoît Poelvoorde) s'arrête au milieu de la rue. " Jérôme ! "…
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A l'insu de leur plein gré
Chemin de Putdael, à Woluwe Saint-Pierre. Dans la cuisine d'une villa cossue. Une table ronde éclairée indirectement par des mandarines et par une boîte à lumière au-dessus de la table. Quatre enfants et Manon, une adolescente ayant revêtu le peignoir de la mère, sont disposés autour d'une table.
En face d'eux, des assiettes. Simon ouvre un Tupperware et s'exclame : " Berk ! ". Manon mimant la mère lui dit : " Simon ! Comment ça " berk " c'est délicieux ce crumble aux cerises ", ajoute-t-elle en constatant que l'intérieur du Tupperware est recouvert d'un duvet de pourriture.Elle…
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